Immigration

L'Autriche veut plafonner le nombre des réfugiés

L'Autriche veut limiter le nombre de réfugiés sur son sol à 37.500 en 2016. Cette décision reflète la détermination accrue des gouvernements européens à décourager les candidats à l'asile

Le gouvernement autrichien a annoncé, mercredi, sa volonté de limiter à 37.500 le nombre des demandeurs d'asile acceptés en Autriche en 2016, plus de deux fois moins que les 90.000 de l'année dernière.

«Nous ne pouvons accueillir en Autriche tous les demandeurs d'asile», a déclaré le chancelier social-démocrate Werner Faymann en présentant cette «valeur indicative» sur laquelle s'est accordé le gouvernement de coalition au pouvoir à Vienne et qui sera dégressive jusqu'en 2019.

L'Autriche, où existe un important mouvement de solidarité envers les réfugiés depuis l'été, a vu le nombre des demandes d'asile tripler en 2015 pour atteindre 90.000. Quelque 36.000 d'entre elles ont déjà fait l'objet d'un examen en première instance dont 14.000 ont reçu une réponse favorable.

Une entrée limitée à 127.500 personnes pour 4 ans

Pendant les quatre années à venir, entre 2016 et 2019, l'Autriche souhaite au total limiter à 1,5% de sa population totale de 8,5 millions d'habitants le nombre des demandeurs d'asile supplémentaires sur son territoire. Ce pourcentage équivaut à 127.500 personnes, soit, selon la calendrier présenté par le gouvernement, 37.500 demandeurs d'asile en 2016, 35.000 en 2017, 30.000 en 2018 et 25.000 en 2019.

Pour parvenir à ces objectifs, la coalition entre sociaux-démocrates (SPÖ) et conservateurs (ÖVP) mise sur un contrôle plus strict aux frontières du pays et une politique de prestations sociales moins généreuse.

Ils n'ont cependant pas précisé comment le gouvernement entendait stopper, une fois le plafond atteint, le flux des demandeurs d'asile supplémentaires qui se présenteraient aux frontières.

Vienne durcit le ton

Il s'agit également par cet objectif chiffré d'«exercer une pression» sur l'Union européenne afin d'obtenir une accélération dans la mise en oeuvre de mesures au niveau européen pour réduire le nombre des arrivées de migrants en provenance du Moyen-Orient notamment, via la Turquie et la Grèce, a ajouté le vice-chancelier Reinhold Mitterlehner (ÖVP).

La coalition au pouvoir à Vienne a durci le ton ces derniers jours en matière de politique migratoire, à un moment où l'extrême droite est depuis des mois en tête des sondages d'opinion. Ce durcissement s'accompagne sur le terrain de nouvelles mesures pour restreindre l'entrée des migrants.

Des migrants en Serbie. / AFP DIMITAR DILKOFF

Mercredi, 500 soldats supplémentaires ont commencé à être déployés au principal point de passage avec la Slovénie pour effectuer un contrôle systématique des migrants.

Plusieurs organisations d'aide aux réfugiés ont critiqué ces mesures. «La gestion de la crise actuelle appelle des réponses communes», a plaidé dans un communiqué Christoph Pinter, responsable du Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés à Vienne. «Nous craignons que les mesures nationales ne déclenchent un effet domino et qu'au lieu de trouver protection contre les guerres et les persécutions, les migrants trouvent des frontières fermées», s'est-il inquiété.

La peur de l'effet domino dans les pays de l'UE

Cette annonce fait craindre à la Commission européenne un effet domino dans les autres pays. La Commission, qui tente de promouvoir une réponse coordonnée à la crise migratoire, semble prise de vitesse par la volonté des Etats d'agir seuls, avant la fin de l'hiver et une nouvelle accélération du flux migratoire.

Pays hors UE, la Macédoine a aussi pris la décision de fermer provisoirement mercredi sa frontière avec la Grèce, y bloquant plusieurs centaines de migrants.

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L'Autriche souhaite également, dans les prochains jours, ne plus laisser entrer les migrants cherchant à gagner la Scandinavie, et les refouler à sa frontière, comme le fait déjà l'Allemagne depuis que la Suède et le Danemark ont restreint, début janvier, les entrées sur leur territoire.

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Croatie et Serbie ont annoncé mercredi qu'elles feraient de même et ne laisseraient désormais passer que ceux demandant l'asile en Allemagne ou en Autriche, laissant présager de situations chaotiques parmi les migrants sur la route de l'exode.

L'Allemagne, quant à elle, affirme encore tabler sur «une solution européenne commune», selon le porte-parole de la chancelière Steffen Seibert.

A ce titre, Berlin a annoncé mercredi le démantèlement d'un réseau de passeurs de migrants en Méditerranée, grâce à une opération commune germano-turque et des perquisitions dans les deux pays. 

Mais la défiance de l'opinion vis-à-vis de la politique d'ouverture aux migrants d'Angela Merkel a été alimentée par les violences du Nouvel An à Cologne, et la pression en faveur de mesures plus draconiennes est forte.

Une gestion européenne des flux migratoires attendue 

Plus d'un million de migrants ont rallié le continent européen en 2015. Selon des estimations de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), 31.000 arrivées ont été enregistrées en Grèce depuis le début de l'année, soit 21 fois plus qu'en janvier 2015.

L'exécutif européen pourrait proposer en mars un nouvel outil de gestion du flux sous la forme d'une refonte du système dit de Dublin, bafoué depuis de nombreux mois.

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Au lieu de faire traiter la demande d'asile par l'Etat membre où le migrant est entré dans l'UE, comme le prescrit la règle européenne, chaque Etat se verrait attribuer un quota permanent de réfugiés en fonction de sa taille, de son PIB, etc.

L'idée de la Commission est d'arriver à un système de «relocalisation» permanent, alors que le système défini en septembre ne porte que sur un nombre limité de 160.000 réfugiés.  

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