Genève

Les pourparlers sur la Syrie, boulet au pied

Les négociations devraient débuter lundi prochain à Genève. Mais personne n’y croit plus

La ville de Genève est prête. Mais c’est bien la seule. Voilà des mois que l’ONU et les diverses capitales concernées évoquaient la reprise des négociations sur la Syrie à partir du début de l’année 2016. Du 3 janvier, on est passé à la «mi-janvier» avant de fixer la date du 25, soit lundi prochain. Mais, alors que les bombardements russes ont redoublé en Syrie et que désormais des dizaines de milliers de Syriens assiégés sont menacés par le froid et la famine, bien peu nombreux sont ceux qui croient encore au respect de cette nouvelle échéance. «Il est vraisemblable que la date du 25 puisse glisser de quelques jours pour des raisons pratiques», confirmaient hier au Temps les services de Staffan de Mistura, l’émissaire de l’ONU.

Diverses composantes

Sur le papier, pourtant, tout semblait réglé. Alors que se formait le Groupe de soutien à la Syrie, composé de 17 membres, dont les principaux Etats liés au conflit, un partage du travail en découlait: aux divers «parrains» internationaux de faire pression sur leurs protégés sur le terrain de bataille, y compris sur le pouvoir à Damas; à l’Arabie saoudite d’établir la liste des organisations et des personnalités qui intégreraient la délégation de l’opposition; à l’ONU de servir en quelque sorte de bras exécutif de cette volonté internationale. L’exode ininterrompu de centaines de milliers de Syriens, les bombardements russes, la menace que représente l’organisation de l’État islamique, le retour dans le jeu de l’Iran: autant de raisons pour faire croire à un ressaisissement de la communauté internationale.

Une opposition tiraillée

Mais il n’en est rien, et le processus n’en finit plus de dérailler depuis lors. Réunies en Arabie saoudite, diverses composantes de l’opposition ont pourtant tout fait pour tenter de camoufler leurs tiraillements. En jeu, notamment: la présence, ou non, de groupes particulièrement puissants sur le terrain syrien mais qui se rapprochent davantage de la galaxie djihadiste que de l’opposition «modérée». Au final, la délégation sera conduite par Mohamed Allouche, dirigeant de Jaich al-Islam, un groupe salafiste soutenu par l’Arabie saoudite et qui a défendu par le passé une vision du monde proche de celle d’Al-Qaida. À ses côtés, notamment: Assaad al-Zoabi, un officier déserteur de l’armée syrienne ainsi que George Sabra, opposant historique chrétien.

On pourrait avoir deux délégations de l’opposition face à celle du régime de Damas

«Cette opposition faisait face à de multiples contraintes, note une source diplomatique proche des discussions: elle devait être représentative de la réalité des forces sur le terrain, mais aussi apparaître présentable et ne pas froisser les Saoudiens. Étant donné les circonstances, ces gens sont arrivés au bout de ce qu’ils pouvaient offrir.»

Lire aussi l'interview de George Sabra: «L’opposition n’est pas là pour faire de la figuration»

Convaincre la Russie

Mais voilà: Moscou, dont les avions continuent de pilonner les positions de l’opposition, y compris «modérée» ainsi que la population, s’est entre-temps opposé à cette liste. Pour la Russie, elle fait la part trop belle aux mouvements «terroristes» qu’elle assure combattre. Elle y oppose donc sa propre liste qui, de son côté, comprend des personnalités prêtes à s’accommoder du maintien au pouvoir du président Bachar el-Assad.

Haytham Manaa fait partie de ces élus de la Russie. Cet autre opposant «historique» est aujourd’hui allié à des combattants kurdes (exclus de la négociation malgré leur importance sur le terrain) au sein d’un mouvement appelé le Conseil démocratique syrien. «Nous contrôlons 16% du territoire syrien. Tôt ou tard, nous devrons être pris en compte, qu’on le veuille ou non», explique-t-il au Temps. Sa solution, sans doute bien vue par la Russie? La présence de deux délégations de l’opposition face à celle du régime de Damas, afin de négocier notamment les modalités d’une transition en vue de futures élections. S’il se dit farouchement opposé à Bachar el-Assad, Haytham Mannaa ne fait pas de son départ une condition préalable, pas plus que d’un arrêt des combats.

Selon des diplomates consultés, Staffan de Mistura semble perdre patience face à ces désaccords. À mots voilés, il s’en serait pris à l’Arabie saoudite, lui reprochant sa mainmise sur tout le processus. Après s’être réuni en vain à Zürich avec son alter ego russe Sergueï Lavrov, John Kerry devrait se rendre en Arabie Saoudite ce samedi. Il restera alors deux jours pour lancer les invitations lançant le processus de Genève…

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