Union européenne

Sauver l’espace Schengen presque en «mort clinique»

Une coalition de plusieurs pays réclament une suspension de la libre circulation de personnes sur une période de deux ans. Une décision sera prise lors du Sommet européen en février

L’Union européenne (UE) va vraisemblablement activer l’article 26 du code Schengen qui prévoit la prolongation des restrictions à la libre circulation des personnes jusqu’à deux ans. Lors d’une réunion informelle lundi à Amsterdam, les ministres de l’Intérieur et de la Justice de pays membres de l’espace Schengen (23 pays européens et trois pays associés, dont la Suisse) ont demandé à la Commission de préparer le projet de mise en œuvre. La décision finale sera prise par majorité qualifiée au prochain Conseil européen les 18-19 février prochains.

La décision des ministres a provoqué une onde de choc dans les milieux européens d’autant plus que la libre circulation des personnes est l’un des piliers de l’UE. Pour un haut fonctionnaire, «cette décision est une condamnation à mort clinique de l’espace Schengen». Un autre temporise: «Schengen ne survivra pas si des mesures drastiques et urgentes ne sont pas prises dans les prochaines semaines.»

Pour sa part, le commissaire chargé de l’Intérieur, Dimitris Avramopoulos, a avoué que la stratégie européenne face aux flux migratoires avait échoué par manque de solidarité européenne. «L’UE a accueilli un million de réfugiés en 2015 et 30 000 durant les trois premières semaines cette année, a-t-il déclaré. Autant dire que 2016 sera une année où des décisions difficiles vont s’imposer.» Sans se laisser désarmer, le commissaire a rappelé que l’objectif final reste le maintien de la libre circulation des personnes à l’intérieur de l’espace Schengen.

Le recours à l’article 26 a fait l’objet de spéculations ces derniers jours. Car en réalité, une échéance importante approche. L’an dernier, six pays (Allemagne, Autriche, France, Suède, Norvège et Danemark) ont introduit des contrôles aux frontières pour faire face aux flux migratoires. L’article 13 de l’accord de Schengen prévoit de telles mesures temporaires sous certaines conditions et limitées dans le temps. Mais si la crise persiste, l’accord prévoit «l’arme nucléaire» pour prolonger ces restrictions. Pour l’Allemagne et l’Autriche, cette échéance arrive en mai prochain.

L’article 26 est aussi applicable lorsqu’un membre de l’espace Schengen est dépassé par des flux migratoires qui mettent la libre circulation en péril. La ministre autrichienne de l’Intérieur, Johanna Miki-Leitner, a jeté le pavé dans la mare dès son arrivée hier à la réunion. «La Grèce, principale porte d’entrée des migrants venant de la Turquie, n’assume pas sa responsabilité de pays ayant des frontières extérieures de l’espace Schengen», a-t-elle lancé. Dès lors, selon elle, ce pays doit être exclu temporairement de l’espace Schengen.

Son collègue allemand, Thomas de Maizière, a dit la même chose. «Nous voulons sauvegarder Schengen, nous voulons des solutions européennes, mais le temps est compté», a-t-il affirmé hier. En effet, l’Allemagne, l’Autriche, mais aussi la Suède, la Belgique et le Danemark forment une coalition prête à recourir à l’article 26. Une majorité qualifiée au Conseil européen est acquise d’avance. Le ministre français de l’Intérieur, Bernard Caseneuve, se rendra à Berlin jeudi prochain pour peaufiner une stratégie commune. Pour éviter d’appliquer le fameux article, le ministre français a énuméré une longue liste de conditions à être réalisées dans un bref délai. Notamment la mise en œuvre du programme de relocalisation de 160 000 réfugiés se trouvant en Grèce et en Italie décidé en septembre dernier. Or, moins de 300 d’entre eux ont trouvé un pays d’accueil à ce jour.

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