Moyen-Orient

Une fatwa saoudienne interdit le jeu d'échecs et déchaîne le web

La fatwa prononcée il y a un an par le grand mufti d’Arabie saoudite et ressurgie ces jours-ci n’a pas force de loi. Mais elle provoque la consternation et suscite les quolibets

Elle était passée inaperçue il y a un an, mais la fatwa édictée par le grand mufti d'Arabie saoudite contre les échecs a suscité un torrent de réactions sur les réseaux sociaux ce week-end, alors qu'un grand tournoi était organisé à La Mecque.

Ce n'est pourtant bien sûr pas pour cette raison que le grand mufti d'Arabie Saoudite a déclaré «haram» le jeu d'échecs il y a un an, lors de son émission télévisée hebdomadaire consacrée aux questions des croyants: pour lui, le jeu d'échecs est «l’œuvre de Satan», un «jeu de hasard» en tant que tel banni par le Coran car il peut détourner les fidèles de leurs obligations religieuses; c'est une perte de temps qu'il faut donc condamner. Les échecs favorisent aussi la rivalité et l'animosité entre les joueurs, ils sont donc proscrits.

Une fatwa est une recommandation religieuse qui n'a pas force de loi, a rappelé opportunément le président de la fédération saoudienne des échecs dans une lettre rendue publique. Il cite l'exemple du football ou de la musique, objets eux aussi de fatwas ce qui n'empêche ni les compétitions, ni les concerts. Musa Bin Thaily continuera donc d'animer sa fédération en développant l'usage du jeu dans des clubs ou dans les écoles. Et le tournoi de vendredi s'est d'ailleurs déroulé sans encombre. 

Sheikh et mat

Mais les internautes n'ont pas raté l'occasion de décocher leurs flèches contre le royaume saoudien, profitant de l'ambiance «Saudi-bashing» qui fait depuis quelques mois des autorités wahabbites le nouvel ennemi public numéro un, à la place de l'Iran rentré en grâce depuis l'accord sur le nucléaire.

Il y a ceux, les plus nombreux, pour qui cette fatwa montre que les Saoudiens n'aiment ni la réflexion, ni la stratégie. Car les échecs sont une jeu d'intelligence, et non de hasard.

D'autres internautes pensent que c'est parce que les échecs ont été inventés par les Persans que les Saoudiens n'en veulent pas (deux théories coexistent en fait, qui font des échecs un jeu né au VIIe siècle en Inde ou en Iran). Les échecs ont cependant aussi été interdits en Iran, de la Révolution islamique de 1979 à 1988, comme le fait malicieusement remarquer sur Twitter le grand joueur anglais Nigel Short.

Enfin de très nombreux internautes se désolent aussi qu'on ne mette pas autant d'énergie à dénoncer les exécutions (plus de 50 depuis le début de l'année), le déni des droits des femmes ou le statut de sous-hommes des travailleurs immigrés.  

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