Edito

Manuel Valls se déleste de la gauche du Parti socialiste

Selon Manuel Valls, la démission de Christiane Taubira lui rapporterait plus de soutiens qu’elle ne lui en enlèverait

La nouvelle n’a surpris personne mais elle a frappé tout le monde. La ministre française de la Justice, Christiane Taubira, a donné sa démission après avoir été pendant plus de trois ans l’une des figures les plus marquantes des gouvernements socialistes de Jean-Marc Ayrault et de Manuel Valls. Sa position était devenue intenable au sein d’un exécutif décidé à renforcer drastiquement les moyens de répression face à la menace terroriste… y compris en recourant à la déchéance de la nationalité, une mesure à laquelle elle s’était fermement et publiquement opposée.

Manuel Valls a pris un risque. En se défaisant de Christiane Taubira, il a renoncé au concours d’une très forte personnalité, qui a montré sa combativité plus souvent qu’à son tour, notamment lors de sa longue croisade en faveur de «l’ouverture du mariage aux couples de même sexe», une initiative plus connue sous le nom de «mariage pour tous». Il a écarté par la même occasion la dernière représentante de la gauche du Parti socialiste dans son équipe, un geste qui ne manquera pas de lui aliéner nombre de «camarades» lors des campagnes à venir.

Le premier ministre français avait cependant de bonnes raisons de se séparer de sa garde des Sceaux. Il peut désormais nourrir l’espoir de travailler au sein d’une équipe plus soudée, portée par un même élan vers un but mieux défini. Durant toute sa carrière à la tête de la Justice, Christiane Taubira n’a cessé de vilipender ses pairs – des attaques que Manuel Valls a subies en personne, quand il était titulaire du portefeuille de l’Intérieur, puis lorsqu’il s’est retrouvé en charge du gouvernement. Son départ devrait avoir pour effet de réduire la cacophonie et de libérer les énergies au sein de l’exécutif.

A plus long terme, Manuel Valls s’est livré à un autre calcul. Il a estimé que la démission de Christiane Taubira lui rapporterait plus de soutiens qu’elle ne lui en enlèverait. En d’autres termes, il a considéré qu’il avait davantage de suffrages à gagner au centre que de voix à perdre à gauche. Sa vision globale est celle d’une dérive de la société française vers la droite, un mouvement dont aurait témoigné, entre autres événements, l’excellent score du Front national au premier tour des dernières élections régionales. Et sa stratégie est d’accompagner cette évolution plutôt que de la combattre. Quitte à ressembler comme un frère à ses adversaires du centre droit, l’ancien premier ministre Alain Juppé en tête. Au risque que le Parti socialiste, sa famille, ne verse dans l’insignifiance à force de ressembler aux autres plus qu’à lui-même.

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