Nations Unies

«L'OMS doit devenir une organisation de terrain»

Un panel comprenant l’ex-conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey vient de remettre ses recommandations à Ban Ki-moon pour réformer l’organisation après le fiasco d’Ebola

L’Organisation mondiale de la santé est-elle équipée pour gérer une crise sanitaire majeure? Un panel de haut niveau nommé par Ban Ki-moon en avril 2015 a remis lundi au secrétaire général des Nations unies à New York, ses recommandations pour améliorer la réponse à l’épidémie d’Ebola qui a ravagé une partie de l’Afrique de l’Ouest et mieux préserver les générations futures contre les risques d’épidémies. Il formule aussi, a appris Le Temps, des pistes pour réformer l’OMS qui a fait l’objet de vives critiques pour sa lente réactivité à la propagation du fléau à partir de décembre 2013. Il a fallu qu’un médecin américain soit infecté par le virus Ebola pour que l’OMS prenne vraiment le dossier à bras-le-corps.

Le panel recommande de renforcer l’OMS en y logeant un centre opérationnel capable de répondre à une situation d’urgence doté des moyens financiers et des ressources humaines nécessaires. Pour l’heure, l’OMS se voit avant tout comme organisation chargée d’élaborer des normes. Le panel juge nécessaire de faire de l’agence onusienne une organisation de terrain, impliquée dans l’opérationnel et la coordination à l’échelle mondiale en cas de grave crise sanitaire. Et le temps presse, car le sentiment de devoir réformer l’OMS risque de s’estomper avec le temps. Il faut battre le fer pendant qu’il est chaud. Les membres du groupe d’experts suggèrent qu’une part des contributions volontaires des Etats membres de l’OMS soient directement allouées au financement de ce centre opérationnel.

Les Etats doivent se conformer aux règles sanitaires internationales (RSI) édictées par l’OMS, C’est pourquoi les six experts du panel recommandent aussi la mise en place d’un mécanisme de contrôle pour que cette obligation ne reste pas lettre morte. En cas de crise de type Ebola, l’OMS doit s’assurer que chaque Etat confie la gestion de la crise aux autorités gouvernementales compétentes, que la chaîne de commandement soit clairement établie, que les professionnels de la santé soient bien formés et que les travailleurs communautaires, qui ont joué un rôle majeur en Afrique de l’Ouest, puissent accomplir leur tâche au mieux. La recherche et le développement sont aussi abordés ainsi que la mise à disposition rapide de médicaments. Le panel propose enfin de créer un Conseil de la santé publique globale capable de rendre compte de l’action menée devant l’Assemblée générale de l’ONU.

Il ne servira à rien, estiment toutefois les experts mandatés par l’ONU, de demander de renforcer le système de santé de pays vulnérables sans se soucier du développement. Il est frappant de constater que le Liberia ne compte que deux médecins pour 100 000 habitants. Il ne dispose que de 0,8 lit d’hôpital pour 1000 habitants. La Sierra Leone a un budget de 750 millions de dollars, y compris l’aide au développement, et n’en consacre que 2 à 3% à son système de santé pour une population de cinq à six millions d’habitants.

Le panel comprenait l’ex-conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey, l’ex-président tanzanien Jakaya Mrisho Kikwete, les anciens ministres des Affaires étrangères brésilien et indonésien Celso Amorim et Marty Naatalegawa ainsi que Joy Phumaphi, secrétaire exécutif de l’Alliance des dirigeants africains contre le paludisme et Rajiv Shah, administrateur de l’USAID, l’agence américaine d’aide au développement. Ils se sont rencontrés à raison d’une semaine par mois depuis juin dernier, notamment à Genève et à New York. Ils ont multiplié les visites au Libéria, en Sierra Leone et en Guinée-Conakry. Leurs recommandations seront aussi remises à la directrice de l’OMS. Ban Ki-moon lui-même les soumettra à l’Assemblée générale de l’ONU.

Celles-ci ne devraient toutefois pas surprendre l’enceinte onusienne genevoise. Dans un communiqué un peu vite diffusé en avril 2015, puis rapidement rectifié, l’OMS acceptait avec humilité avoir apporté une «réponse lente et insuffisante, ne pas avoir été agressif en alertant le monde et avoir une capacité d’intervention limitée». Une critique différente que celle formulée au moment de l’épidémie de grippe porcine H1N1, où on accusa l’OMS d’avoir au contraire surréagi. Lors de la 68e Assemblée mondiale de l’OMS en mai, sa directrice Margaret Chan tapait du poing sur la table, précisant que ses six directeurs régionaux n’allaient plus agir à la guise des Etats de la région qui les ont nommés. «Ils m’informent. J’écoute, je décide», avait-elle martelé. Sa priorité, souligna-t-elle, est de mettre en place un programme pour les situations d’urgence avec une force de travail dédiée et un fonds doté de 100 millions de dollars.

Micheline Calmy-Rey a jugé important de participer au panel onusien dans l’optique de renforcer les organisations internationales installées dans la Cité de Calvin. «La Genève internationale, souligne l’ex-patronne du Département fédéral des affaires étrangères, a tout intérêt à abriter des organisations efficaces et qui ne sont pas en permanence sous le feu des critiques. Elle a donc besoin d’une OMS forte et respectée.»

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