Etats-Unis

Les évangéliques, des faiseurs de roi en Iowa

Pour les républicains, remporter cet Etat du Midwest lors du caucus du 1er février est impossible sans l’appui de cette importante communauté religieuse

Dans la salle bondée du Wilton Library and Community Center, les évangéliques constituent une écrasante majorité de l’audience. C’est là, dans cette petite ville de l’Iowa, que Ted Cruz est venu prêcher la bonne parole. Objectif: remporter une majorité de leur vote. Dans cet Etat du Midwest, trois électeurs sur cinq sont évangéliques et votent avant tout pour les républicains. Se réclamant d’un certain reaganisme, le candidat ultra-conservateur a déployé tout l’arsenal conservateur pour convaincre. S’il est élu le 8 novembre prochain, il annoncera dès son 1er jour à la Maison-Blanche «la fin immédiate de la persécution de la liberté religieuse.» Face à un électorat qui se sent proche d’Israël, il a promis deux mesures qu’il prendrait sans délai: il annulera «l’accord catastrophique sur le nucléaire iranien» et déplacera l’ambassade des Etats-Unis de Tel Aviv à Jérusalem.

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Dans la salle, Carol Jarratt, membre de l’Église Bible Missionary pour laquelle elle est allée en mission en Afrique et Amérique latine, peine à contenir son enthousiasme: «Ted Cruz va remettre Dieu au centre des préoccupations de l’Amérique. C’est nécessaire. Washington est en train de remettre en question les Dix Commandements, modifie la définition que Dieu a du mariage et promeut l’avortement.» Le Texan a les faveurs des chefs de file évangéliques les plus radicaux. Mais il n’est pas le seul à courtiser un électorat évangélique fort de 90 millions d’électeurs à l’échelle des Etats-Unis, la plus importante famille religieuse du pays devant les catholiques (21%).

En Iowa, leur vote, qui est loin d’être monolithique, détermine en grande partie le résultat du caucus. En 2012, le catholique ultra-conservateur Rick Santorum avait remporté l’État avec 32% du vote évangélique. Quatre ans plus tôt, l’ex-gouverneur de l’Arkansas Mike Huckabee en avait fait de même, soutenu par 45% de cet électorat. En 2016, le neurochirurgien à la retraite Ben Carson suscite un vrai respect pour ses convictions religieuses. Il peine néanmoins à élargir un électorat qui ne cesse de se réduire. Le sénateur Marco Rubio, qui aime la musique hip-hop, multiplie les références à ses valeurs religieuses qu’il s’évertue à transmettre à ses enfants au lieu des «valeurs de la culture populaire» que la société chercherait à leur inculquer. Il pourrait avoir les faveurs des évangéliques «institutionnels».

Et Donald Trump? Il apparaît comme un candidat improbable pour les évangéliques. Marié à trois reprises, il pourrait cependant séduire ce que CNN appelle les «évangéliques culturels et entrepreneuriaux». Les premiers ne pratiquent pas et ne se formalisent pas quand le milliardaire new-yorkais décrit l’ostie comme «une petite biscotte». Les seconds, plus axés sur l’économie, apprécient le côté politiquement incorrect du candidat. Samedi, dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, le milliardaire new-yorkais brandissait la Bible que sa mère lui a donnée et dédicacée: «Evangéliques, déclare-t-il, je ne vous décevrai pas.» Le geste ne convainc pas Richard, propriétaire d’un commerce de matériel agricole: «Ce n’est pas un chrétien à mes yeux. Une fois à la Maison-Blanche, il ne tiendra pas ses promesses. Il fera ce qu’il voudra. Ted Cruz est différent. Je crois ce qu’il dit. Et il saura refaire de l’Amérique un pays de tradition chrétienne. La Maison-Blanche n’est pas occupée aujourd’hui par un chrétien», ajoute-t-il, alimentant la théorie du complot décrivant Barack Obama comme un musulman.

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