Etats-Unis

Ted Cruz humilie Donald Trump dans l'Iowa, Hillary Clinton l'emporte à l'arraché

Le sénateur du Texas a remporté le caucus de l’Iowa grâce à une forte mobilisation des évangéliques. Chez les démocrates, Hillary Clinton l'emporte de très peu sur Bernie Sanders (dernière mise à jour: 10h00)

La prétendue machine à gagner de Donald Trump a connu ses premiers ratés dès le premier rendez-vous électoral des primaires pour la présidentielle américaine de novembre. Le milliardaire new-yorkais a essuyé un cuisant échec lundi soir lors du caucus de l’Iowa, ne terminant qu’à la deuxième place (24%) derrière celui qui est devenu son plus féroce ennemi, Ted Cruz.

A l’image de l’ultra-conservateur Rick Santorum en 2012, le sénateur texan a bénéficié de la forte participation des évangéliques. Il a beau s’être prononcé contre les subventions fédérales accordées aux agriculteurs de l’Iowa pour produire des biocarburants, une majorité d’électeurs ne lui en ont pas tenu rigueur.

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Sa croisade contre l’establishment payante

Soutenu par l’un des hérauts du Tea Party de l'Iowa, Steve King, un élu de la Chambre des représentants, Ted Cruz a percuté par ses arguments contre l’establishment, contre Washington. Sa priorité est de restaurer le respect de la Constitution, laquelle a été, selon lui, piétinée par le président Barack Obama. Il promet d’annuler tous les décrets présidentiels «illégaux» de Barack Obama dès son premier jour à la Maison-Blanche et de supprimer les subventions fédérales à l’organisation de planning familial Planned Parenthood, dont certaines cliniques pratiquent des avortements.

/AP  Charlie Neibergall

Et il promet aussi d’abroger ce qui a été son principal cheval de bataille depuis près de trois ans: l'Obamacare, la réforme de la santé adoptée par le Congrès à majorité démocrate en 2010. Il s’était d’ailleurs illustré en 2013 quand il a causé la fermeture partielle de l’administration (government shutdown). Ce faisant, il a provoqué l’ire de l’élite du Parti républicain qui jugeait sa stratégie vouée à l’échec. La victoire de l’Iowa devra toutefois être confirmée. Ted Cruz, qui se réclame d’un conservatisme reaganien, ne bénéficiera pas dans les autres Etats d’un appui aussi massif des évangéliques qui représentent près de 60% de l’électorat de l’Iowa. Ses positions extrêmes sur certains sujets, dont la Cour suprême des Etats-Unis qu’il assimile à une bande d’activistes, pourraient détourner des conservateurs qui souhaitent un Etat plus svelte, mais pas de politique sapant l’équilibre même des institutions.

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La déconvenue de Donald Trump

Pour Donald Trump, sa deuxième place constitue un échec manifeste pour deux raisons. Sa défaite face à Ted Cruz pourrait indiquer que ceux qui soutiennent le magnat de l’immobilier new-yorkais ne sont pas nécessairement des gens qui vont voter. Les prochaines primaires permettront sans doute de vérifier si c’est une tendance de fond. Son incapacité à remporter l’Iowa montre aussi que ses attaques au vitriol montrent leurs limites. Ces derniers jours, Donald Trump dépeignait son rival texan comme le «Canadien» des primaires en référence au fait que Ted Cruz est né au Canada d’une mère américaine et d’un père cubain et qu’il n’a renoncé à la nationalité canadienne, qu’il avait en sus de la citoyenneté américaine, qu’en 2014.

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/AFP JIM WATSON

Les autres enseignements du caucus de l’Iowa chez les républicains sont multiples. La troisième place de Marco Rubio (23%) prouve que le sénateur de Floride devient un candidat de plus en plus sérieux et qu’il s’impose comme le candidat de l’establishment même s’il cherche parfois à s’en distancier par opportunisme. Lors des meetings électoraux à travers l’Iowa, ses références à Dieu et aux valeurs religieuses ont fait mouche tout comme ses critiques acerbes d’Hillary Clinton et de Barack Obama quand il est question de politique étrangère. Marco Rubio promet de «reconstruire» l’armée américaine et de refaire de l’Amérique le gendarme du monde, refusant de traiter avec les ayatollahs d’Iran et le régime cubain des frères Castro. Il assure qu’il ne va pas fermer la prison de Guantanamo s’il est élu à la présidence, mais qu’il va au contraire y envoyer de nouveaux terroristes.

Pour ses rivaux de l’establishment républicain John Kasich (2%), Jeb Bush (3%) ou encore Chris Christie (2%), la primaire du New Hampshire le 9 février prochain sera une question de vie ou de mort. Le nombre de prétendants républicains à la Maison-Blanche devrait toutefois se réduire au cours des prochains jours. L’ex-gouverneur de l’Arkansas Mike Huckabee a déjà jeté l’éponge lundi soir. Le neurochirurgien à la retraite, l’ultra-conservateur Ben Carson (9%), émet des signaux de lassitude.

Clinton à l'arraché

/AP Andrew Harnik

La soirée électorale a aussi connu un déroulement dramatique du côté démocrate. Au milieu de la nuit, Hillary Clinton et Bernie Sanders étaient dans un mouchoir de poche avec chacun 50% des votes. Ce n'est que vers 4h00 du matin heure de la côte Est, soit 10h00 heure suisse, que le camp démocrate annonçait la victoire de Hillary Clinton.

La mobilisation pour le «socialiste démocratique» Bernie Sanders a été étonnante. Dans la circonscription 56, au centre-ville de Des Moines, les électeurs n’arrivaient pas à tous entrer dans la salle du Social Club, un lieu branché de la capitale de l’Etat. Les partisans du sénateur du Vermont réunis au Social Club ont largement remporté le scrutin, remportant cinq des huit délégués que la circonscription peut envoyer à la convention de l’Etat. Cette bataille à couteaux tirés est une forme de défaite pour Hillary Clinton qui mesure à quel point sa nomination est encore loin d’être une réalité. Lundi soir, elle n’est pas parvenue à complètement conjurer le sort. En 2008, elle avait subi un cuisant échec, ne terminant que troisième derrière Barack Obama et John Edwards.

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L’effet Sanders pourrait durer, même si le sénateur aura plus de peine à recréer ce que les politologues appellent la «coalition Obama», un électorat très large composé de femmes, de jeunes, d’Afro-Américains et d’Hispaniques. Il est toujours largement en tête des sondages pour la primaire du New Hampshire le 9 février. Le test crucial pour les deux candidats – le troisième, Martin O’Malley (1%) a mis fin à sa campagne – sera la Caroline du Sud. Pour Hillary Clinton, qui a une cote de popularité bien supérieure à celle de son rival au sein de la communauté afro-américaine, l’épreuve devrait la renforcer à moins que Bernie Sanders ne parvienne à séduire un électorat noir qui lui a été plutôt hostile jusqu’ici.

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