Proche-Orient

Comment Bachar el-Assad a repris le dessus dans la guerre syrienne

L’armée du régime est parvenue à couper ces derniers jours la principale voie de ravitaillement des djihadistes du Front al-Nosra et d’Ahrar al-Cham. Un succès crucial dû à une conjonction de développements récents

L’armée gouvernementale syrienne a réalisé ces derniers jours une percée cruciale. Soutenue par des semaines de bombardements aériens russes, elle est parvenue à s’emparer d’un tronçon de la route stratégique qui mène de la grande ville d’Alep à la frontière turque par la localité de Bab al-Salam. Un mouvement qui lui a permis de couper la principale voie de ravitaillement de la vaste poche tenue dans le nord-ouest du pays par les djihadistes du Front al-Nosra et d’Ahrar al-Cham.

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Cette victoire s’inscrit dans une longue série d’offensives. Les troupes de Damas, soutenues par d’importants contingents russes, iraniens et libanais, poussent également plus au sud, où elles paraissent en mesure de couper rapidement le dernier axe routier reliant la région à la Turquie, par le bourg de Bab al-Hawa cette fois. Une victoire qui lui permettrait d’encercler complètement Alep, la deuxième ville du pays, encore partiellement aux mains des rebelles. Parallèlement, plus au nord, les forces kurdes du Parti de l’union démocratique (PYD) gagnent jour après jour du terrain sur les djihadistes.


Comment expliquer ces avancées spectaculaires, alors que le camp de Bachar el-Assad paraissait près de s’effondrer il y a encore six mois? La raison essentielle est le soutien déterminé apporté aux autorités de Damas par une coalition internationale composée de la Russie, de l’Iran, du gouvernement irakien et du Hezbollah libanais, souligne Alexandre Vautravers, expert en sécurité au Global Studies Institute, à Genève, et rédacteur en chef de la Revue militaire suisse. Une coalition solide, mue par des intérêts communs et synchronisée efficacement sur le plan militaire par un état major de liaison basé à Bagdad, «où les Iraniens apportent le renseignement qui permet aux Russes de bombarder».

Les succès actuels de Damas correspondent à un retournement stratégique. «La doctrine militaire syrienne consistait ces dernières années à quadriller le terrain dans une posture défensive pour tenter d’empêcher les avancées ennemies, explique Alexandre Vautravers. Elle s’est désormais tournée vers l’offensive, en multipliant les encerclements de positions adverses, puis les prises d’assaut soutenues par une puissance de feu écrasante.»

Ce changement de doctrine a été favorisé par un accroissement sensible des moyens disponibles. Le nombre de combattants a pratiquement doublé en quelques mois pour passer de 100 000 à près de 200 000, une augmentation due à d’importants renforts extérieurs mais aussi à un gros effort de recrutement à l’interne, notamment au sein de la communauté sunnite installée en zone gouvernementale. Et puis, l’armée syrienne qui comprenait autrefois une unité d’élite, la 4e division blindée, et des troupes de deuxième ou troisième catégorie, s’est renforcée avec la création de plusieurs brigades de valeur encadrées par des fidèles du régime.

La Russie présente et efficace

Surtout, la Russie a déployé sur le terrain une puissance de feu considérable. «Lors de deux opérations ponctuelles, relève Alexandre Vautravers, la Russie a engagé 30% de ses forces aériennes stratégiques, soit de 27 à 33 bombardiers capables de mener des opérations sophistiquées avec des armes ultra-performantes et un environnement électronique imposant. C’est sans commune mesure avec les moyens déployés par les Etats-Unis, qui se sont contentés jusqu’ici d’un ou deux B52 coordonnés avec des forces spéciales.»

La doctrine militaire russe ne s’embarrasse pas, en outre, de considérations idéalistes. «Le défi posé par le bombardement des zones urbaines a donné naissance à deux écoles, continue le rédacteur en chef de la Revue militaire suisse. La première, adoptée par les armées occidentales, tente de distinguer les civils des combattants, afin de réduire les dégâts collatéraux. Les Etats-Unis s’y sont conformés lors de leurs différentes offensives sur Falloujah, en Irak, dans les années 2000 mais sans grand succès: ils ont dû s’y reprendre à plusieurs reprises et ne sont jamais parvenus à conserver durablement le terrain. La seconde école, prisée par les Russes, mise sur la puissance de feu et prévoit de conquérir les villes en les aplatissant quartier par quartier, comme cela a été fait à Grozny, en Tchétchénie, au tournant du millénaire. Or, force est de constater que cela a marché.»

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Les bombardements russes semblent également efficaces en Syrie. «La coupure de la route Alep-Bab al-Salam ne va pas manquer d’asphyxier les rebelles dans la principale région de la Syrie utile qu’ils avaient réussi à conquérir, observe Alexandre Vautravers. Pour le gouvernement de Damas, c’est bien davantage qu’un succès important. C’est un échec et mat.»

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