Europe

Plaidoyer de Yanis Varoufakis pour sauver l’UE

L’ex-ministre grec des Finances a choisi Berlin pour faire son retour sur la scène politique. Coup de com ou provocation? Il affirme au «Temps» qu’il n’a qu’une ambition: «Démocratiser l’Union européenne»

Dans le «salon rouge» de la Volksbühne, littéralement la «scène du peuple», l’un des théâtres les plus célèbres de l’ex-Berlin Est, Yanis Varoufakis, l’ancien ministre grec des Finances, est au micro. Dans la salle, des rangées de journalistes venus des quatre coins de l’Europe. D’autres qui n’ont pu avoir de place attendent sur la place Rosa-Luxembourg, à quelques pas du siège de Die Linke, le parti de la gauche allemande.

Yanis Varoufakis, toujours aussi sémillant et provocant, a savamment orchestré son retour en venant prendre la parole mardi matin sur les terres de la chancelière Angela Merkel et de son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble. Alors que le «marxiste erratique», comme il se qualifie, leur reproche de faire fi des choix électoraux nationaux et d’imposer l’ordo-libéralisme allemand à toute l’Europe, le voilà qui débarque dans la capitale du pays pour annoncer le lancement de «DiEM2025» (pour Democracy in Europe – Movement – 2025).

«C’est un mouvement pan-européen dont le principe est à la fois simple et radical», explique au Temps Yanis Varoufakis. Et d’exposer: «Nous voulons démocratiser l’Union européenne (UE). L’Europe est prise dans un cercle infernal et risque de sombrer.» Il poursuit: «Les politiques économiques menées dans l’UE dressent les peuples européens les uns contre les autres; l’UE se fragmente. Alors que ces politiques sont un véritable échec, la réponse qu’apporte Bruxelles à cette désintégration est d’accroître l’autoritarisme.»

Pour l’ancien ministre, la chose est claire: l’UE doit se refonder… ou elle mourra. Et après elle, ce serait le chaos. «Une désintégration de l’UE susciterait un effondrement ressemblant terriblement à ce qui s’est passé dans les années 1930» avec l’arrivée des nazis au pouvoir, pronostique-t-il. Et d’enfoncer le clou un peu plus tard, micro en main: «Je dis à mes amis communistes, ou de gauche, qui pensent que le retour à l’Etat-nation serait une solution qu’ils se trompent. A chaque fois que l’histoire a emprunté cette voie, le résultat fut catastrophique. C’est systématiquement le fascisme qui l’emporte.»

Yanis Varoufakis joue avec les symboles et fait part des leçons qu’il a tirées de son passage au gouvernement grec en 2015. Après six mois à essayer d’imposer un changement d’orientation économique en Europe, il estime que «rien ne peut changer» en Europe sans «la participation intégrale de l’Allemagne».

Il propose de «relégitimer la politique» et pour y parvenir, il préconise d’inverser la machine. A commencer par le mode d’action politique. Finis les partis nationaux formant des alliances entre eux et coopérant essentiellement au niveau bruxellois, explique-t-il en substance. Il s’agit désormais «d’agir localement» à partir de son «mouvement sans frontière, qui œuvrera à travers toute l’Europe». Un parti en perspective? La réponse se fait évasive: «Dès que nous aurons abouti à un consensus, je suis sûr qu’il trouvera sa propre expression électorale dans les Etats-membres. Nous verrons ensuite quelle forme cette représentation devra prendre», ajoute-t-il.

Pour l’instant, il se consacre donc à son mouvement qu’il veut «horizontal». Il affirme que DiEM2025 compte déjà plusieurs milliers de supporters à travers l’UE. A la Volksbühne, les intervenants (sociologues, économistes, intellectuels, porte-parole de partis…) débattent, assis sur des chaises disposées en rond, et ont le droit à un temps de parole de trois minutes. Démocratiser l’Europe et prendre des décisions horizontales, certes. Mais dans le salon rouge, le public n’est pas vraiment présent.

Publicité