France

Laurent Fabius ne dirigera plus la diplomatie française

Le départ du ministre des Affaires étrangères enclenche le remaniement gouvernemental annoncé. Il devrait être nommé dans la journée à la présidence du Conseil constitutionnel

Echec sur la Syrie, succès sur le front du climat lors de la COP 21 de décembre: le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, qui vient d’annoncer son départ du gouvernement français, termine trois années passées à la tête de la diplomatie hexagonale sur un bilan flatteur en termes politiques, et mitigé sur le plan diplomatique.

L’ancien premier ministre de François Mitterrand (dès 1984), le plus jeune à avoir occupé cette fonction, voulait notamment que le président syrien Bachar El Assad soit jugé pour crimes contre l’humanité après les massacres à l’arme chimique attribués au régime de Damas, avant d’effectuer un virage à 180 degrés en 2015 et de se rallier à une lutte commune contre l’Etat islamique, en raison de la menace terroriste. Laurent Fabius avait participé aux négociations nucléaires avec l’Iran à Lausanne, et aux pourparlers successifs sur la Syrie à Genève où il s’était encore rendu en janvier. Sa complicité avec le secrétaire d’Etat américain John Kerry a aussi été beaucoup soulignée.

L’accord sur le climat, son succès

Un moment, toutefois, aura marqué son passage au Quai d’Orsay, où sa stature, sa connaissance des questions internationales, sa pratique fluide de l’anglais et son insistance à rassembler sous sa houlette tous les aspects de l’action extérieure de la France (du tourisme au commerce en passant par la Francophonie) ont été salués. Il s’agit bien sûr de la conclusion, in extremis le 11 décembre, d’un accord international contre le réchauffement climatique adopté par les 196 pays représentés à la grande conférence COP 21 sur le climat.

Laurent Fabius, président de la COP, avait bataillé pour ce texte, préparé tout au long de 2015 par des conférences ministérielles à Paris, et un véritable tour du monde qui l’avait notamment conduit à visiter plusieurs fois les importants pays émergents comme l’Inde ou l’Afrique du sud.

Inquiétudes pour sa santé

Ces déplacements incessants au long cours avaient rallumé les inquiétudes sur son état de santé, illustrées par son malaise survenu à Prague en août 2015. Laurent Fabius devait également faire face, depuis plusieurs mois, aux pressions consécutives aux déboires de son fils Thomas, cible d’une commission rogatoire internationale pour des dettes de jeu, et en prise avec la justice française pour les conditions d’achat d’un appartement parisien de sept millions d’euros.

Sa nomination à la présidence du Conseil constitutionnel par François Hollande, attendue ce mercredi en remplacement de l’ancien ministre chiraquien Jean Louis Debré – nommé en mars 2007 – constitue une sorte d’ultime revanche politique pour celui qui n’avait jamais caché, avant 2012, son peu de considération pour le candidat socialiste à l’Elysée, qu’il avait un jour qualifié de «fraise des bois».

Ségolène Royal aux Affaires étrangères?

Malgré cette rivalité, et l’évidente frustration de cet intellectuel fortuné (fils d’un grand antiquaire, son patrimoine était le plus important parmi les ministres), de ne pas avoir réussi à accéder à la présidence de la République, Laurent Fabius a toujours été d’une parfaite loyauté envers l’actuel chef de l’Etat français. Il avait également accepté que les affaires africaines soient traitées en priorité par le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian.

Son départ relance les spéculations sur son remplacement. Dans le flot de rumeurs sur le remaniement gouvernemental français, le nom de Ségolène Royal, ancienne compagne du président et actuelle ministre de l’Ecologie, est le plus souvent cité.

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