France

Laurent Fabius quitte le gouvernement

Le chef de la diplomatie part. Le gouvernement est remanié. Jean-Luc Mélenchon en lice pour 2017

Laurent Fabius ne dirigera plus la diplomatie française. A 69 ans, le ministre qui avait arraché, en décembre à Paris, l’accord sur le climat à l’issue de la grande conférence COP 21, se retrouvera bientôt président du Conseil constitutionnel. Son départ était attendu. Mais la manière dont il l’a annoncé, avant le remaniement gouvernemental, prouve que ce ténor de la politique depuis plus de trente ans soigne sa singularité. Il envisagerait de conserver la présidence du processus onusien de la COP 21 jusqu’à la COP 22 au Maroc en novembre. Les «sages» du Conseil constitutionnel, où deux autres membres ont été nommés (les juristes Michel Pinault et Corinne Luquiens), devront valider ce cumul.

Au Quai d’Orsay, Laurent Fabius affiche un bilan mitigé. Son principal échec est celui de son revirement face au régime de Bachar el-Assad qu’il souhaitait voir comparaître pour «crimes contre l’humanité». Très vocal dès sa nomination en juin 2012 pour réclamer le départ du dictateur syrien, le ministre français a dû, en 2015, s’aligner sur le pragmatisme de François Hollande pour lequel la priorité, après les attentats, est la coalition contre l’Etat islamique.

Il est en revanche crédité de deux succès. Le premier est la réorganisation réussie de l’action extérieure de la France, qui incluait sous sa tutelle, outre la diplomatie classique, le tourisme, le commerce extérieur et la francophonie. L’accent sur la diplomatie économique était revendiqué. L’autre succès est la COP 21, qui l’a conduit à courtiser les grands pays émergents. Son entourage laissait filtrer, hier, que Laurent Fabius et les responsables de la négociation climatique pourraient être nominés pour le Nobel de la Paix.

L’envers du décor est plus compliqué. Coté privé, l’homme a dû affronter les rumeurs sur son état de santé et le discrédit lié aux poursuites engagées contre son fils Thomas, 35 ans, accusé de dettes de jeu et soupçonné de malversations. Coté politique, cet ancien premier ministre (1984-1986), considéré comme le surdoué des années Mitterrand, a dû surmonter sa frustration de voir François Hollande accéder à l’Elysée. Son peu de confiance dans l’actuel président était connue, mais elle ne l’a pas empêché de le servir loyalement, en acceptant que l’Afrique soit le terrain privilégié du ministre de la défense Jean-Yves Le Drian.

Son départ a surtout ouvert, mardi, le bal confus du dernier grand remaniement gouvernemental avant la présidentielle de 2017. Lequel restait, mercredi, dans le flou total. Les noms de Ségolène Royal, ancienne compagne du président, celui de l’ex-premier ministre Jean-Marc Ayrault, de l’ex-maire de Paris Bertrand Delanöe et de Jean-Yves Le Drian sont cités pour le Quai d’Orsay. La première pourrait toutefois obtenir la défense. L’hypothèse d’un départ de Manuel Valls a même été évoquée. La question centrale est celle de la recomposition de la majorité de gauche, alors que 81% des sympathisants PS se disent favorables à une primaire, et que le leader de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon a confirmé hier soir sa nouvelle candidature présidentielle (11,1% au premier tour en 2012) en 2017 sous le slogan «La France insoumise». Verts et centristes sont donc les cibles de «l’ouverture» voulue par François Hollande qui a essuyé le refus de Nicolas Hulot.

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