France

Un gouvernement français remanié mais sans audace

L’ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault remplace Laurent Fabius à la tête de la diplomatie. Ni François Hollande, ni Manuel Valls n’ont voulu de rupture malgré les urgences

Certains imaginaient un «gouvernement de combat», voire une audacieuse manœuvre à un an et demi de l’élection présidentielle de 2017 que François Hollande, dit-on, a toujours dans son collimateur malgré son impopularité chronique.

Erreur. L’impression qui se dégage du remaniement du gouvernement français annoncé jeudi après-midi est même inverse. La nomination la plus emblématique de ce surplace politique est le retour aux affaires de l’ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault (2012-2014) à la tête du Ministère des affaires étrangères, à la place de Laurent Fabius, parti la veille pour la prochaine présidence du Conseil constitutionnel. Professeur d’allemand, député PS depuis vingt-sept ans, celui qui fut longtemps maire de Nantes avait été décrié, durant son passage à Matignon, pour son manque d’autorité. Il avait succombé, en avril 2014, au coup de force mené conjointement par son successeur Manuel Valls allié à l’ancien ministre du Redressement productif, Arnault Montebourg, démissionnaire avec éclat quelques mois plus tard.

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Comment, d’ailleurs, ne pas voir dans ce remaniement avant tout tactique l’échec d’une recomposition de l’actuelle majorité de gauche à laquelle le chef du gouvernement aspire, sans réussir à l’obtenir? A l’Assemblée nationale, Manuel Valls a certes obtenu un premier vote du projet de réforme constitutionnelle pour intégrer l’état d’urgence et la possible déchéance de nationalité à la loi fondamentale par 317 voix contre 199, grâce à l’apport des suffrages de droite qui seront à nouveau nécessaires au Sénat où le texte sera bientôt examiné.

Mais l’ouverture au centre, pourtant dans le droit fil de la conception sociale libérale du premier ministre, reste lettre morte. Annoncé par la rumeur, François Bayrou n’est pas au rendez-vous. A l’inverse, les écologistes partis à l’arrivée de Valls en avril 2014… reviennent en catimini et en désordre via Emmanuelle Cosse (ministre du Logement), le très ambitieux sénateur Jean-Vincent Placé (secrétaire d’Etat à la réforme de l’Etat) et la parlementaire Barbara Pompili. Un résumé de la très brouillonne et très opportuniste nébuleuse écologiste hexagonale.

Alors que la majorité de gauche au pouvoir en France est «en miettes» après les fractures suscitées par la réforme constitutionnelle comme l’écrit Le Monde, et à un an et demi de la présidentielle de 2017, le président accouche donc une fois encore de petits arrangements, sans aucune audace susceptible de lui apporter un surcroît de confiance ou de popularité, lui qui plafonne à 25% d’opinions favorables.

Exemple de cette dérive: le retour, vingt-trois ans après été ministre du Tourisme en 1993, de l’ex-sénateur radical de gauche Jean-Michel Baylet (ministre de l’Aménagement du territoire), patron du quotidien toulousain La Dépêche du midi, sèchement battu aux élections départementales dans son fief du Tarn-et-Garonne et souvent en prise avec la justice. Autre illustration: l’arrivée de plusieurs collaborateurs proches du président, qui lui doivent donc tout, dont la nouvelle ministre de la Culture, Audrey Azoulay, jusque-là conseillère à l’Elysée. Une série de sous-ministères sont créés pour les caser (38 ministres et secrétaires d’Etat au total) et maintenir la parité homme-femme, dont l’un en charge de l’aide aux victimes (terrorisme oblige) et un autre chargé de «l’égalité réelle»!

Les «éléphants» restent

Restent, in fine, les «éléphants» de la Hollandie, priés d’accomplir leur devoir jusqu’au bout de ce quinquennat qui reste fermé aux personnalités emblématiques de la société civile. Le refus de Nicolas Hulot d’accepter le Ministère de l’écologie aura donc fermé cette voie. Résultat: le bien fade mais obéissant Jean-Marc Ayrault nommé in extremis à la tête de la diplomatie avec mission prioritaire de s’occuper de l’Europe; le «grognard» Le Drian maintenu à la Défense, le «fidèle» Le Foll gardé à l’Agriculture qu’il désirait quitter; le compagnon de toujours Michel Sapin conservé aux Finances; l’ex-compagne Ségolène Royal priée de conserver le portefeuille de l’Environnement – où elle récupère le lot de consolation des négociations climatiques – et la dévouée Najat Vallaud-Belkacem chargée, à l’Education, de continuer à incarner la diversité au sommet.

Pas de promotion pour le très populaire ministre de l’Economie, Emmanuel Macron. Aucune personnalité flamboyante susceptible de remplacer l’ex-garde des Sceaux démissionnaire Christiane Taubira sur le front des valeurs de gauche en pleine crise migratoire et menaces sécuritaires. Du tactique. Du cosmétique. Mais rien de nouveau. Difficile de voir, dans ces conditions, comment la fin du mandat présidentiel de François Hollande pourrait susciter le moindre regain de confiance.

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