France

Un nouveau gouvernement français sans audace à un an et demi des présidentielles

Le remaniement gouvernemental n'apporte guère de réponse aux défis français. François Hollande interviendra ce soir à la télévision à 20 heures

Certains imaginaient un «gouvernement de combat», voire une audacieuse manœuvre d’ouverture au centre à un an et demi de l’élection présidentielle de 2017 que François Hollande a toujours dans son collimateur.

C’est raté. L’impression qui se dégage de ce remaniement est même inverse, au vu des nominations annoncées ce jeudi, marquées par le retour de l’ancien premier ministre Jean Marc Ayrault en ministre des Affaires étrangères (à la place de Laurent Fabius), et le retour de quelques écologistes aux affaires, dont la dirigeante des Verts Emmanuelle Cosse (ministre du logement) et l’ineffable sénateur Jean-Vincent Placé (secrétaire d’Etat à la réforme de l’Etat), avant tout connu pour son ambition inextinguible.

Une majorité «en miettes»

Alors que la majorité de gauche au pouvoir en France est «en miettes» après les fractures suscitées par la réforme constitutionnelle et l’état d’urgence, comme l’écrit ce jeudi «Le Monde», le président Français accouche une fois encore d’arrangements tacticiens. Un premier exemple de cette dérive est le retour au gouvernement, 23 ans après, de l’ex sénateur radical de gauche Jean Michel Baylet (ministre de l’Aménagement du territoire), patron du quotidien toulousain la «Dépêche du midi», sèchement battu aux dernières élections départementales dans son fief du Tarn et Garonne et connu pour ses «casseroles» judiciaires. Autre illustration: l’arrivée dans la nouvelle équipe toujours dirigée par Manuel Valls de trois élus Verts (Emmanuelle Cosse, Jean-Vincent Placé, Barbara Pompili) qui bataillaient dans des tendances différentes de la trés brouillonne nébuleuse écologiste hexagonale.

Restent donc, in fine, les «éléphants» de la Hollandie, priés d’accomplir leur devoir jusqu’au bout de ce quinquennat qui, malgré le goût de Manuel Valls pour une approche sociale-libérale de l’économie, ne s’achève pas par une ouverture au centre et à des personnalités emblématiques de la société civile. Le refus de Nicolas Hulot d’accepter le ministère de l’écologie a, semble-t-il, fermé cette voie.

Un grognard, un fidèle et un compagnon

Résultat: le bien fade mais obéissant Jean-Marc Ayrault nommé in extrémis à la tête de la diplomatie; le «grognard» Le Drian maintenu à la Défense, le «fidèle» Le Foll gardé à l’agriculture qu’il désirait quitter; le compagnon de toujours Michel Sapin conservé aux finances; son ex compagne Ségolène Royal priée de conserver le portefeuille de l’environnement où elle récupère le lot de consolation des négociations climatiques, et la dévouée Najat Vallaud Belkacem chargée, à l’éducation, de continuer à incarner la diversité.

Pas de promotion pour le très populaire et dynamique ministre de l’économie Emmanuel Macron. Une conseillère présidentielle nommée ministre de la culture (Audrey Azoulay, qui succède Fleur Pellerin). Aucune personnalité flamboyante susceptible de remplacer l’ex Garde des Sceaux démissionnaire Christiane Taubira sur le front des valeurs de gauche en pleine crise migratoire et menaces sécuritaires. Et des portefeuilles ministériels assurés de susciter le débat, comme le retour d’un secrétariat d’état à l’aide aux victimes (terrorisme oblige) ou la création d’un sous-ministère «à l’égalité réelle».

Du tactique. Du cosmétique. Mais rien de nouveau. La fin du mandat présidentiel de François Hollande, qui a donc renouvelé sa confiance à son premier ministre Manuel Valls que l’on disait fragilisé, apparaît cadenassée. Les défis économiques et sociaux français, et les réformes d’envergure qu’elles exigent, devront attendre. Ni la rupture, ni l’audace, ni la prise de risque politique ne sont au rendez-vous.

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