Commentaire

Une crédibilité présidentielle naufragée

François Hollande a voulu prendre jeudi soir le contre-pied de tous ceux qui l’accusent d’avoir, une nouvelle fois, privilégié les petits arrangements politiques. Une réputation forgée, jadis, à la tête du Parti socialiste qu’il laissa désorganisé et divisé

En répétant à plusieurs reprises qu’il ne «fait pas de calculs», qu’il ne se livre pas «à des marchandages» et que le gouvernement français tout juste remanié est «cohérent», François Hollande a voulu prendre jeudi soir le contre-pied de tous ceux qui l’accusent d’avoir, une nouvelle fois, privilégié les petits arrangements politiques. Une réputation forgée, jadis, à la tête du Parti socialiste qu’il laissa rappelons-le complètement désorganisé et divisé.

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Le problème est qu’à quatorze mois de la prochaine présidentielle, rares sont ceux à croire encore, sur ce plan, le locataire de l’Elysée. Vues les fractures ouvertes par le chantier de la réforme constitutionnelle, la parenthèse solennelle des attentats du 13 novembre semble même définitivement refermée. Le fait que le leader de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon ait, la veille de ce remaniement, annoncé sa candidature en 2017, prouve, tout comme les appels répétés aux primaires à gauche, que les coups de boutoirs vont désormais se multiplier contre le chef de l’Etat, le premier ministre et la majorité parlementaire dont la réforme annoncée du code du travail sera le prochain test. Sans parler des convulsions assurées d’accompagner, d’ici octobre, le référendum local sur l’aéroport Notre-Dame-des-Landes, concédé aux Verts.

La réalité, incarnée par cette nouvelle équipe ministérielle ravalée avec un revenant (comme Jean-Marc Ayrault), quelques supplétifs (les écologistes) et une poignée de jeunes technocrates dévoués, est que François Hollande n’a plus guère la maîtrise de son propre quinquennat. La logique aurait consisté à remanier à l’issue du débat constitutionnel, mais Laurent Fabius piaffait pour quitter le Quai d’Orsay. L’impulsion réformiste commandait de promouvoir le ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, mais Manuel Valls a préféré ne pas favoriser son ex-protégé devenu rival. Le reste n’est qu’accommodements, comme le prouve l’empressement de Ségolène Royal à récupérer le dossier très médiatique du climat.

François Hollande a beau asséner devant les caméras qu’il restera jusqu’à la fin «pleinement président», sa crédibilité paraissait hier irrémédiablement naufragée.

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