Conférence sur la sécurité

Pour Moscou, le monde est entré dans une nouvelle guerre froide

Dmitri Medvedev a estimé samedi à Munich que les relations russo-occidentales étaient entrées dans une «nouvelle guerre froide». Manuel Valls s'attend à de nouveaux attentats «d'ampleur» en Europe. De leur côté, la Turquie et l'Arabie saoudite envisagent une opération terrestre commune contre le groupe Etat islamique (EI) en Syrie

Dmitri Medvedev, le Premier ministre russe, a estimé samedi que les relations russo-occidentales étaient entrées dans une «nouvelle guerre froide». Présent aussi à la Conférence sur la sécurité à Munich, le Premier ministre français Manuel Valls prédit, lui, d'autres attentats «d'ampleur» en Europe.

Une «ceinture d'exclusion» autour de la Russie

«Ce qui reste, c'est une politique inamicale et fermée, selon nous, de l'OTAN vis-à-vis de la Russie», a jugé M. Medvedev. «Les politiques européens ont cru que créer une soi-disante ceinture d'amis aux frontières de l'Union européenne serait une garantie de sécurité. Quel est le résultat ? Pas une ceinture d'amis, mais une ceinture d'exclusion», a proclamé Dmitri Medvedev.

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«Créer la confiance, c'est difficile, mais nous devons commencer. Nos positions diffèrent mais elles ne diffèrent pas autant qu'il y a 40 ans quand en Europe il y avait un mur», a-t-il encore souligné.

Une époque «d'hyperterrorisme»

Sur le même ton alarmiste que son homologue russe, Manuel Valls a estimé que le monde était entré dans une époque «d'hyperterrorisme». «Nous devons cette vérité à nos peuples, a-t-il dit, il y aura d'autres attaques, des attaques d'ampleur, c'est une certitude. Cet hyperterrorisme est là pour durer, même si nous devons le combattre avec la plus grande détermination», a-t-il déclaré.

La semaine dernière à Paris, il avait déjà affirmé que le niveau de la menace d'attentats était actuellement «sans doute» supérieur à celui d'avant les attentats djihadistes du 13 novembre à Paris.

«Nous devons en être pleinement conscients, et agir avec une très grande force et une très grande lucidité. Je le redis devant vous, comme je le dis à mes concitoyens français: nous avons changé d'époque», a ajouté le Premier ministre français lors d'une table ronde à laquelle participait son homologue russe Dmitri Medvedev.

Désaccords sur l'intervention russe en Syrie 

Le Premier ministre français Manuel Valls a demandé à la Russie de cesser de bombarder les populations civiles en Syrie.

«La France respecte la Russie et ses intérêts», a-t-il dit à l'adresse de son homologue russe, Dmitri Medvedev, aussi présent à Munich. «Mais nous savons que pour retrouver la voie de la paix, de la discussion, les bombardements des populations civiles doivent cesser.»

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Dmitri Medvedev lui a répondu qu'«il n'y a pas de preuve de bombardements russes contre les civils, même si tout le monde nous accuse de cela», ajoutant: ce n'est «tout simplement pas vrai». Dmitri Medvedev a encore déclaré que «la Russie ne cherche pas à atteindre des objectifs secrets en Syrie. Nous cherchons tout simplement à préserver nos intérêts nationaux», en expliquant que Moscou voulait empêcher des extrémistes de s'introduire en Russie.

Le chef du gouvernement russe a estimé par ailleurs que seule une coopération régulière entre la Russie et les Etats-Unis pourrait conduire à une normalisation de la situation en Syrie. 

Ankara et Ryad pourraient mener une opération terrestre contre l'EI
 
Pendant ce temps, la Turquie et l'Arabie saoudite ont indiqué samedi qu'elles pourraient mener une opération terrestre contre le groupe Etat islamique (EI) en Syrie. Le royaume saoudien va déployer des avions de chasse sur la base turque d'Incirlik, a annoncé samedi le ministre turc des Affaires étrangères.

«S'il y a une stratégie (contre l'EI), alors la Turquie et l'Arabie saoudite pourraient participer à une opération terrestre», a confirmé Mevlut Cavusoglu, cité par les quotidiens Yeni Safak et Haberturk. «L'Arabie saoudite envoie aussi des avions en Turquie, à Incirlik», la grande base militaire du sud du pays, a-t-il ajouté.

«Pas de Bachar al-Assad à l'avenir», selon un ministre saoudien

Plus tôt, le ministre saoudien des affaires étrangères, Adel al Joubeir, a déclaré à des médias suisse et allemand que l'intervention militaire russe n'aidera pas le président syrien à rester au pouvoir. «Il n'y aura pas Bachar al-Assad à l'avenir», a-t-il averti. «Cela prendra peut-être trois mois, cela prendra peut-être six mois ou trois ans, mais il ne sera plus aux affaires en Syrie. Un point c'est tout», affirme le ministre un entretien accordé au TagesAnzeiger et à la Süddeutsche Zeitung.

Estimant que la détermination du peuple syrien à renverser le président syrien restait inébranlable malgré la campagne de bombardements russe et les persécutions au sein du pays, Adel al Joubeir critique l'entrée en scène de Moscou, à la fin septembre, dans le conflit qui ravage la Syrie depuis cinq ans.

Interrogé au sujet d'une intervention militaire plus directe en Syrie, avec des forces armées au sol, Adel al Joubeir a déclaré que des discussions à ce sujet étaient en cours avec des membres de la coalition, emmenée par les Etats-Unis pour combattre l'Etat islamique. «Si la coalition devait décider de déployer des forces spéciales dans la lutte contre l'Etat islamique en Syrie, l'Arabie saoudite sera prête à participer», a-t-il précisé.

Une corvette lance-missiles russe vogue vers la Syrie

Enfin, la Russie a annoncé samedi l'envoi en Méditerranée d'une corvette lance-missiles. Celle-ci se dirigerait vers les côtes de la Syrie, selon des informations de presse.

Le Zelyony Dol, une corvette équipée de missiles de croisière Kalibr, qui a rejoint la flotte russe de la mer Noire en décembre, a appareillé pour la Méditerranée, a annoncé la flotte de la mer Noire dans un communiqué.

Selon l'agence de presse russe RIA-Novosti, qui cite une source de sécurité en Crimée, où la flotte de la mer Noire est basée, cette corvette se rend en Syrie et pourrait participer à la campagne russe visant à soutenir l'armée du régime syrien.

«Les objectifs du navire ne sont pas dévoilés mais comme il est équipé de missiles de croisière de longue portée, sa participation à l'opération militaire ne doit pas être exclue», a estimé cette source.

Le départ du Zelyony Dol, construit l'an dernier, pour la Méditerranée intervient alors que les Etats-Unis et la Russie viennent de tomber d'accord sur une cessation des hostilités en Syrie dans un délai d'une semaine, à l'exception de l'offensive contre les djihadistes, afin de relancer le processus de paix et de stopper l'exode de civils.

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