Sécurité

Moscou évoque une nouvelle guerre froide

La Conférence de Munich sur la sécurité a été le théâtre d’un nouvel affrontement entre Moscou et l’Occident. Rarement depuis la création de la réunion en 1963, les organisateurs ne s’étaient montrés aussi pessimistes sur l’avenir

Difficile de ne pas voir les nuages s’accumuler à l’horizon pour la paix mondiale. A Munich, le temps d’un week-end, ont été convoquées non pas toutes les crises – les provocations nord-coréennes sont passées presque inaperçues –, mais celles menaçant de désintégrer le Proche-Orient et l’Europe, qui sont de plus en plus liées. La Conférence de Munich sur la sécurité – un Davos de la défense – a rencontré un succès à la hauteur des inquiétudes: rarement depuis sa création en 1963, les organisateurs ne s’étaient montrés aussi pessimistes sur l’avenir.

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Le ton a été donné dès les premières interventions avec le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, et le premier ministre russe Dmitri Medvedev. La confrontation Est-Ouest est montée encore d’un cran, malgré l’accord signé vendredi pour un cessez-le-feu – quasi mort-né – sur la Syrie. Pour l’OTAN, les défis posés par la Russie nécessitent une réponse ferme. «Pour éviter la guerre, il faut revoir notre capacité de dissuasion», a expliqué Jens Stoltenberg, allant jusqu’à rappeler l’option nucléaire – mais pas dans un conflit conventionnel – qui «doit être complétée».

L’Etat islamique et la Russie

«Nous voulons des troupes de l’OTAN, non pas en Islande, mais sur notre sol comme en Espagne, a de son côté martelé le ministre polonais des Affaires étrangères, Witold Waszczykowski. Les Russes déploient de nouveaux missiles à Kaliningrad.» Varsovie – dont l’appartenance à l’Alliance atlantique est conditionnée à une limitation des troupes étrangères – organisera en juillet le prochain sommet de l’organisation avec l’objectif d’imposer une nouvelle doctrine pour défendre le flanc est européen. «Quelle différence y a-t-il entre l’Etat islamique et la Russie, s’est interrogée la présidente lituanienne Dalia Grybauskaite. Il faut se préparer à nous défendre.»

Côté russe, Dmitri Medvedev a constaté que les perspectives étaient encore «plus sombres» que lorsque Vladimir Poutine était venu à cette même tribune en 2007 dénoncer les «stéréotypes idéologiques» de l’Occident. «On pourrait aller jusqu’à dire que nous avons reculé vers une nouvelle guerre froide. Parfois je me demande si nous sommes en 2016 ou en 1962.» Le premier ministre veut voir dans le combat contre l’Etat islamique une «lutte de civilisation», d’où la nécessité pour le camp chrétien de s’unir à l’image du pape François et du patriarche Cyrille.

«Dé-natoïser l’ordre mondial»

Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, s’en est pris quant à lui à la «russophobie» supposée qui régnerait en Europe, tout en regrettant que l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) soit centrée sur l’OTAN (NATO, en anglais). «Il faut «dénatoïser» l’ordre mondial», a-t-il ajouté en renvoyant l’échec de la pacification de l’est de l’Ukraine au manque de coopération de Kiev. «Nous ne menaçons pas les Etats baltes, est intervenu de son côté l’ambassadeur russe auprès de l’OTAN, Alexandre Grouchko. Mais comment voulez-vous relancer le dialogue quand on parle de dissuasion?»

La Russie est le principal facteur avec les réfugiés qui relie les crises proche-orientale et européenne. La relation avec la Russie et la gestion des migrants divisent en effet de plus en plus les capitales européennes. Toutes ne sont pas sur une ligne aussi dure que les pays l’Est envers la Russie. L’Allemagne se retrouve par ailleurs de plus en plus isolée dans sa politique de la porte ouverte envers les victimes syriennes et irakiennes de la guerre. Au point de faire craindre la chute d’Angela Merkel, seul «homme fort» actuel de l’Europe. De quoi déstabiliser un peu plus le continent.

«A dans un an, si l’Europe existe toujours»

Alors que la ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen, plaidait pour un plus grand effort commun, Manuel Valls écartait l’idée de nouveaux quotas contraignants. La France est désormais mobilisée contre «l’hyperterrorisme» dans une «époque nouvelle, un monde nouveau», a enchaîné le premier ministre français aux accents qui étaient ceux des néo-conservateurs américains il y a quinze ans. La Pologne qui en appelle à la solidarité de l’OTAN pour sa défense rejette tout aussi fermement l’accueil de réfugiés qui «menaceraient ses valeurs».

«On assiste à une désolidarisation de l’Europe, c’est la plus grande crise, regrette le président du Parlement européen, Martin Schulz. La rhétorique de Poutine fait écho aux partis de la droite populiste en Europe.» Seule voix optimisme, celle de John Kerry, le secrétaire d’Etat américain, qui a rappelé qu’il n’y avait pas de solution militaire en Syrie et que l’espoir d’une solution diplomatique subsistait. Un discours de moins en moins audible dans une Europe rongée par le doute. «Nous avions l’habitude de discuter ici des crises hors de l’Europe, a rappelé le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier. Il va falloir travailler dur pour qu’à notre prochaine conférence l’Europe existe toujours dans sa forme actuelle.» 

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