France 

Nicolas Sarkozy, patron distancé de la droite française

Le leader des «Républicains» a conclu, dimanche, le Congrès de sa formation. En l'absence de ses adversaires qui misent sur sa popularité en forte baisse

L'école, la république, la nation...En clôture du conseil national des «Républicains», Nicolas Sarkozy a de nouveau rejoué, dimanche à Paris, la partition de l'unité de la droite au service du pays en crise. Un refrain qui constitue la trame de son livre très personnel «La France pour la vie» (Ed. Plon), pour lequel il sillonne ces-jours ci les grandes librairies de province. Problème: les chaises de ses principaux rivaux aux primaires présidentielles des 20 et 27 novembre étaient, hier, cruellement vides. François Fillon, Bruno Le Maire et Alain Juppé, tous candidats déclarés alors que l'ancien président n'a pas encore officialisé sa candidature - il devra le faire d'ici juin - avaient choisi de ne pas être là pour l'écouter. Une manière de lui signifier à nouveau que les primaires ouvertes, qui compteront 10 000 bureaux de vote et espèrent drainer jusqu'à deux millions d'électeurs - moyennant le paiement de deux euros et la signature d'une brève charte d'adhésion aux valeurs de la droite - sont déjà étrangères au parti. 

Alain Juppé favori

Les sondages, d'ailleurs, ont déjà tranché, notamment entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. Le premier, crédité d'entre 45 et 55% d'opinions favorables selon les enquêtes d'opinions, distance largement le second qui plafonne à environ 30%. Et qu'importe, jugent les politologues, si les ventes du livre de Sarko sont bonnes, et si les librairies qui l'invitent affichent complet. «Il y a toujours l'effet vedettariat», juge le spécialiste de la communication politique Christian Salmon. «Sarkozy attire comme personnage, mais il ne séduit plus comme dirigeant». Signe révélateur: plusieurs instituts de sondage ont commencé à tester l'idée de sa non-candidature aux primaires, pour savoir à qui elle profiterait le plus. Beaucoup sont en effet interloqués par le niveau très bas de son ancien premier ministre François Fillon (10% d'opinions favorables) dont le programme économique résolument libéral est pourtant plus en phase avec les demandes de la clientèle traditionnelle de la droite. «Sarkozy n'est plus considéré comme un candidat certain», poursuit un député «Les Républicains». 

Plusieurs défections 

Au sein du parti, dont l'ancien ministre de l'Education Luc Chatel a été samedi élu président du Conseil national, plusieurs défections sont révélatrices de ce doute. La plus symbolique est celle du jeune député maire de Tourcoing (Nord) Gérald Darmanin qui, au lendemain des élections régionales, a publiquement déclaré «ne pas avoir senti d'envie autour d'une candidature Sarkozy» lors de la campagne. Le nouveau président de la région Nord-Pas de Calais Xavier Bertrand, élu avec les voix de la gauche contre le FN, ne cesse aussi d'enfoncer le clou. «Si le mot d'ordre pour franchir le premier tour face au FN et face à la gauche est l'unité, alors Sarko n'est évidemment pas le bon candidat, tant son tempérament et son bilan divisent toujours» poursuit notre interlocuteur, proche d'Alain Juppé. 

Soutien de François Bayrou 

Le grand vainqueur de ce combat en coulisses reste d'ailleurs l'ancien premier ministre de Jacques Chirac. Fait peu remarqué mais très significatif, ce dernier a reçu ces jours-ci le soutien officiel du centriste François Bayrou, deux fois candidat à l'élection présidentielle. Or le centre est le grand problème de Nicolas Sarkozy qui, dans son livre tout à fait intéressant, passe beaucoup de temps à revenir sur sa personnalité, et à se décrire comme un sensible, face à cet étrange personnage cuirassé de l'intérieur et abominablement cynique qu'est selon lui François Hollande. «La question du pardon  est centrale dans toute vie», écrit l'ex chef de l'Etat lorsqu'il évoque, dans son ouvrage, sa défaite de mai 2012. Pas sûr, toutefois, qu'une majorité d'électeurs de droite soient prêts à lui pardonner...

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