Europe

Angela Merkel isolée au sein de l’Union européenne

La chancelière apparaît lâchée au sein de l’UE à la veille d’un sommet européen capital pour tenter de résoudre la crise des réfugiés. Même Paris semble ne pas la soutenir

L’offensive de Manuel Valls était visiblement bien préparée. A deux reprises en fin de semaine dernière, le premier ministre français a répété son «non» au plan A d’Angela Merkel: la répartition de réfugiés syriens installés en Turquie entre les différents pays membres de l’Union européenne. Cette fin de non-recevoir a d’autant plus irrité à Berlin que le premier ministre français a directement critiqué la politique d’Angela Merkel alors qu’il se trouvait en Allemagne, un affront peu diplomatique. «Il y a quelques mois, les médias français demandaient où est la Merkel française. On voulait donner le prix Nobel à la chancelière. Aujourd’hui, vous voyez le résultat», a ironisé le chef du gouvernement en visitant un foyer de réfugiés près de Munich.

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L'Allemagne a besoin du soutien de la France

«Même la France nous lâche!», se désolait aussitôt le Bild Zeitung. Mercredi, le premier ministre français relativisait ses propos, assurant que la France va «continuer à travailler de manière très étroite avec l’Allemagne» sur la question des réfugiés, mais «avec une exigence de réalisme et de vérité». Steffen Seibert, le porte-parole du gouvernement allemand, tente lui aussi de relativiser la crise, en rappelant que la France maintient sa promesse d’accueillir 30 000 réfugiés syriens. Le quotidien Tagesspiegel ajoute qu’avec les 40 000 que l’Allemagne est prête à prendre de son côté, il ne reste plus que 90 000 réfugiés à répartir au sein de l’Union. L’UE a décidé de répartir 160 000 demandeurs d’asile entre les Etats membres.

Reste que sans l’appui indéfectible de son plus proche partenaire, Paris, il sera difficile à Angela Merkel de faire passer son projet à Bruxelles ces jeudi et vendredi: convaincre la Turquie de contrôler ses frontières en échange d’un chèque de 3 milliards d’euros et de contingents de demandeurs d’asile syriens que les pays volontaires accepteraient de recevoir.

La liste de ces pays volontaires justement, ne cesse de se réduire: le Danemark et la Suède viennent de fermer leurs portes aux réfugiés et l’Autriche, jusqu’alors le plus grand soutien de Berlin sur le terrain, vient de décider de plafonner les entrées sur son territoire à 80 personnes par jour. Pendant ce temps, les pays dits de «Visegrad» – une alliance créée voici vingt-cinq ans par la République tchèque, la Pologne, la Hongrie et la Slovaquie pour accélérer leur intégration au sein de l’UE – ont déjà présenté leur propre plan B mardi: la fermeture de la «Route des Balkans» à l’aide de nouveaux barbelés entre la Grèce et la Macédoine, non-membre de l’Union.

«Angela Merkel lutte contre l’isolement au sein de l’Europe», s’inquiète le quotidien Süddeutsche Zeitung. Pour se faire, la chancelière et son homologue autrichien Werner Faymann accueilleront ce jeudi à midi, avant l’ouverture du sommet, la coalition dite des «pays volontaires» (Allemagne, Autriche, Benelux, Finlande, Grèce, Portugal et Suède) et le premier ministre turc Ahmet Davutoglu, pour tenter de sortir de l’ornière diplomatique. Le président François Hollande assistera également à ce mini-sommet.

La gestion de la crise des réfugiés décisive pour l'avenir politique de la chancelière

Angela Merkel, malmenée dans les sondages et confrontée en interne à la progression du parti populiste d’Alternative für Deutschland (AfD), est lâchée par ses plus proches soutiens européens. La situation inquiète à Berlin. «Sur le plan intérieur, Merkel n’est pas vraiment menacée, relativise le politologue Gero Neugebauer. Au Bundestag, elle a tous les partis derrière elle: des Verts à la CSU, l’ensemble du parlement soutient son action.» Les sondages ne sont pas non plus vraiment une menace à court terme: la progression de l’AfD, crédité de 13% d’intentions de vote, pourrait même paradoxalement aider à placer un ministre président CDU à la tête du Bade-Wurtemberg et de la Rhénanie-Palatinat à l’issue des élections régionales du 13 mars. Le score de l’AfD pourrait en effet empêcher le SPD et les Verts de former une coalition régionale.

A plus long terme – les législatives de fin 2017 – tout dépend plus que jamais de sa capacité à dénouer la crise des réfugiés. Ce pour quoi elle a plus que jamais besoin du soutien de ses partenaires européens.

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En cas d’échec du sommet européen, Angela Merkel pourrait à son tour décider de fermer les frontières de l’Allemagne, après les régionales du 13 mars pour ne pas se faire taxer d’opportunisme. La perspective d’une fermeture des frontières affole déjà les milieux d’affaires en Allemagne. Jeudi et vendredi, Angela Merkel devra plus que jamais temporiser: aller au-devant de David Cameron pour éviter un Brexit – elle a soutenu hier devant le Bundestag les demandes de réformes du premier ministre britannique –, sans faire aux Britanniques trop de concessions qui fâcheraient les gouvernements dont elle a besoin pour résoudre la crise des réfugiés.

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