UE

«La France, comme les autres pays de l'Union, a plié face au chantage du Royaume-Uni»

La députée européenne française Sylvie Goulard dénonce les tractations «opaques» entre les Vingt-Sept et Londres

Sylvie Goulard, députée européenne centriste (groupe ALDE-Libéral) est l'une des voix françaises de l'hémicycle de Strasbourg. Alors que les chefs d'Etat ou de gouvernement des Vingt-Huit ont discuté ces jours du Royaume-Uni, elle a été invitée par le Global Studies Institute de l'Université de Genève. Entretien.

Le Temps: On pensait que la France résisterait davantage aux concessions faites aux Britanniques. Etait-ce une erreur?

Sylvie Goulard: La France a, selon mes informations, plutôt tenu bon face aux exigences du Royaume-Uni. Mais elle a cédé sur ce qui est à mon avis l'essentiel: l'opacité de ces négociations cruciales pour l'avenir de l'Union européenne, et la méthode employée par les Britanniques. La vérité, c'est que tout le monde a accepté le chantage de David Cameron. Car au bout du compte, si l'on regarde le projet de document soumis aux chefs d'Etat ou de gouvernement, rien n'est clair. Or ce flou sert avant tout les intérêts de Londres.

– Expliquez-vous... Un compromis n'était-il pas souhaitable?

– Si l'idée centrale est à la fois de garder le Royaume-Uni dans l'UE, et d'améliorer nos relations futures au sein de cette Union, alors la méthode n'est pas la bonne car, qu'on le veuille ou non, cela demande une révision des traités. Le choix qui a été fait, avec ce document, est celui de l’ambiguïté. Mais c'est très dangereux, car sur le fonctionnement de l'UE, comme sur l'espace Schengen, les britanniques ont une vision différente de la plupart des pays-membres. Le travail bien fait aurait consisté se donner comme objectif de parvenir  à une Union différenciée, avec une zone euro engagée dans une voie d'intégration plus poussée d'une part, et un deuxième cercle de pays de l'autre. A un moment, il faut dire les choses. Là, je crains le piège.

– Il faut donc renverser la table...

– Il aurait fallu oser dire non! Mais tout le monde est tétanisé. L'obsession de ne pas rouvrir les traités européens amène à des contradictions intellectuelles et à un déni de réalité. Pour moi, ce texte revient à brader les intérêts immédiats de la zone euro  et à ouvrir, pour le Royaume Uni, un précédent très fâcheux, un membre disposant d'un statut à part. Au lieu de clarifier les catégories de pays membres au sein de l'UE, on négocie un régime d'exception.

– La Confédération suit de près ces négociations. Quel est votre message aux Suisses?

– Mon message, c'est que dans la période actuelle, avec les convulsions migratoires et les nuages économiques qui s'amoncèlent, il faut être sérieux. On ne pas vouloir une société ouverte pour le commerce sans accepter d'en partager les inévitables inconvénients. Ce n'est pas adulte. Ce qui est sûr, c'est que les Britanniques ne sont pas les meilleurs alliés de la Suisse. David Cameron travaille pour son compte. Il est clair que Londres ne souhaite aucune avancée dans les relations bilatérales Suisse-UE d'ici au référendum britannique. Il n'y a pas de solidarité objective, alors que des choses pourraient avancer. La Suisse n'a pas intérêt à se cacher derrière les exigences britanniques.

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