Europe

La xénophobie prospère en Allemagne de l’Est

Manifestations anti-migrants, mauvais traitements de demandeurs d’asile, incendie d’un futur foyer de réfugiés: les incidents se multiplient dans les Länder orientaux

Les scènes rappellent le pire de l’Allemagne des années 90. Elles se sont déroulées ce week-end en ex-RDA, près de Dresde, en Saxe, le bastion du mouvement islamophobe Pegida. Dans la nuit de jeudi à vendredi, un groupe de citoyens armés de pancartes réclamant le renvoi des réfugiés a tenté d’empêcher l’arrivée d’un bus de migrants à Clausnitz. L’intervention de la police – obligeant des adolescents terrorisés et en larmes à sortir du bus et à traverser la foule – avait semblé davantage dirigée contre les demandeurs d’asile que contre la foule menaçante composée d’une centaine de personnes. Dans la nuit de samedi à dimanche, un futur foyer de réfugiés qui devait accueillir des migrants à partir de mars est parti en fumée à Bautzen, sous les applaudissements de badauds, environ 20 à 30 personnes qui ont aussi cherché à gêner le travail des pompiers. Des scènes similaires s’étaient produites à Rostock dans les années 90.

Les deux incidents n’ont pas fait de victimes. Mais la classe politique s’en est émue et dénonce un racisme est-allemand au développement particulièrement inquiétant. Sur les 230 agressions d’extrême droite recensées depuis le début de l’année dans le pays, la moitié se sont produites dans les Länder orientaux pourtant nettement moins peuplés. «A Bautzen et à Clausnitz, l’intégration de certains Allemands à notre système de valeurs fondé sur la tolérance et le respect a visiblement échoué», estime Armin Laschet, l’un des adjoints d’Angela Merkel à la tête de la CDU, plagiant le discours xénophobe ambiant qui reproche aux immigrés de ne pas vouloir s’intégrer.

«La haine et la violence sont davantage visibles dans l’est du pays», déplore l’ancien vice-président du Bundestag, Wolfgang Thierse, SPD, lui-même Allemand de l’Est et autorité morale très respectée. Selon Thierse, les explosions de violence des environs de Dresde seraient en partie liées aux considérables transformations subies par la société est-allemande au cours des 25 dernières années: «Les personnes qui ont dû surmonter beaucoup de changements au cours de leur vie ont manifestement des convictions démocratiques ou morales moins bien enracinées.»

Parmi les facteurs avancés pour expliquer cette xénophobie de l’est, les politologues avancent régulièrement l’absence de contact avec les étrangers du temps du régime communiste, le défaut de tradition démocratique et les difficultés économiques. Mais ce dernier facteur s’applique mal à la Saxe. Ce Land, qui compte à lui seul une cinquantaine d’agressions racistes depuis le début de l’année, est le plus prospère de l’Est.

Le président des Verts, Cem Özdemir, s’en prend à l’inaction des autorités saxonnes. «En Saxe, les ministres présidents qui se sont succédé depuis la chute du Mur ont toujours prétendu qu’il n’y aurait pas de problème d’extrême droite dans la région. Tout le monde sait que c’est faux. C’était déjà le cas du temps de la RDA!» De fait, à l’époque, les autorités et les forces de l’ordre de la région devaient régulièrement en découdre avec les néo-nazis.

«Il y a dans l’ouest de l’Allemagne une société civile forte avec une culture du débat solide, qui montre clairement aux extrémistes de droite qu’ils sont à la marge», explique dans le quotidien Die Zeit le sociologue Matthias Quent, spécialiste de l’extrême droite. A l’est par contre, «Pegida et d’autres groupes se sont emparés de l’espace public et l’ont déplacé vers la droite. Les slogans d’extrême droite sont acceptés. Les gens économiquement déclassés ont moins à perdre, et il y en a plus à l’est.»

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