Europe

«L’Ukraine ne tolère plus la corruption, voilà le vrai changement»

Le gouvernement ukrainien est en sursis. La députée Svitlana Zalishchuk défend le travail du parlement

Combien de temps le gouvernement du Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk peut-il encore survivre? «Il a deux mois pour faire ses preuves sans quoi les gens vont redescendre dans la rue pour poursuivre la révolution de Maïdan», répond Svitlana Zalishchuk, députée indépendante de la Rada, élue sous les couleurs de la plateforme du président Petro Porochenko. La militante qui était en février 2014 face à la police pour demander le départ du président pro-russe de l’époque, Viktor Ianoukovitch, a voté il y a peu une motion de censure contre le Premier ministre. La majorité du parlement lui a toutefois renouvelé sa confiance. Sa cote de popularité ne dépasse pourtant pas 1%.

«Arseni Iatseniouk n’a pas coupé ses liens avec les oligarques. La société est déçue. Elle ne tolère plus la corruption, voilà le vrai changement», poursuit Svitlana Zalishchuk qui était l’invitée mardi du Sommet de Genève pour les droits de l’homme et la démocratie. L’ancienne journaliste fait désormais partie de ceux qui reportent leurs espoirs sur l’ex-président géorgien Mikheil Saakachvili, actuel gouverneur de l’Oblast d’Odessa. «Nous avons besoin de gens comme lui, sans lien avec les fortunes locales, pour casser l’ancien système.»

Sans gaz russe

Cette instabilité est la hantise des Européens et du Fonds monétaire international qui maintiennent sous perfusion financière un pays au bord de la faillite. Lundi, les ministres des affaires étrangères allemands et français, Frank-Walter Steinmeier et Jean-Marc Ayrault, étaient à Kiev avec un double message: tolérance zéro face à la corruption et respect des Accords de Minsk qui prévoient des élections dans le Donbass séparatiste.

Svitlana Zalishchuk applaudit, mais précise: «Il est faux de dire que rien n’a été fait depuis deux ans. Nous avons voté une douzaine de lois pour la transparence politique et créer un Bureau indépendant de lutte contre la corruption. Cela doit encore se traduire dans les faits, mais une 70e d’enquêtes ont déjà été ouvertes.» A la Conférence de Munich sur la sécurité, mi-février, Petro Porochenko avait aussi tenu à rassurer ses partenaires occidentaux: l’Ukraine change, avait-il insisté en listant plusieurs réformes dans le domaine de la justice et de l’économie. «En 2015, grâce à l’aide de l’Europe, l’Ukraine s’est pour la première fois affranchie du gaz russe qui était la principale source de corruption.»

Modèle de transformation

Pour Svitlana Zalishchuk la transformation démocratique de l’Ukraine est irréversible. Le pays s’est créé une nouvelle identité inscrite dans la voie européenne. «Cela prendra du temps pour arriver au niveau de la Pologne, la priorité va à la construction de nouvelles institutions.» Ce chemin mènera à l’adhésion à l’Union européenne, espère-t-elle. Mais pas seulement: «Plus de 50% des Ukrainiens sont désormais favorables à l’adhésion à l’Otan. C’est une évolution spectaculaire», poursuit-elle, semblant ignorer que Washington aussi bien que Bruxelles s’y sont clairement opposés. «On en reparlera une fois que nous remplirons toutes les conditions. Je ne vois pas au nom de quoi on nous le refuserait.»

L’Europe n’en fait pas moins pression en ce moment afin que l’Ukraine fasse sa part du travail dans la résolution du conflit dans le Donbass. A défaut d’une révision de la Constitution, Paris et Berlin demandent la tenue d’élections au plus vite. Svitlana Zalishchuk fait entendre une autre musique: «Si l’Ukraine réussit, cela affaiblit Poutine. Une Ukraine réformée inspirera une transformation aussi en Russie. Pour cela, il faut pouvoir compter sur la solidarité européenne. Au nom de ses valeurs.»

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