Etats-Unis

Trump, candidat postmoderne, balaie les recettes politiques traditionnelles

Après trois victoires consécutives dans les primaires républicaines, certains le considèrent comme inarrêtable. Le milliardaire new-yorkais a compris mieux que personne les avantages à tirer de la révolution numérique. Enquête sur un succès qui fait fi des vieilles recettes de la politique américaine

La concurrence? Surclassée. Lors du caucus républicain du Nevada mardi, Donald Trump (45,9%) a assommé ses rivaux Marco Rubio (23,9%) et Ted Cruz (21,4%). Le milliardaire new-yorkais qui veut «restaurer la grandeur de l’Amérique» remporte avec panache sa troisième victoire consécutive dans les primaires républicaines pour la présidentielle du 8 novembre, après le New Hampshire et la Caroline du Sud.

Le Parti Républicain impuissant face à la vague Trump

L’élite du Parti républicain a bien tenté d’interrompre la montée en puissance du New-Yorkais. Mais désorganisée, écartelé entre ultra-conservateurs et modérés, elle semble impuissante et commence à reconnaître que l’investiture du candidat trublion pourrait devenir inévitable. Mardi 1er mars, lors du «Super Tuesday», 25% du total de délégués nécessaires pour être investi par le parti sont en jeu dans onze Etats. Selon les derniers sondages, Donald Trump est largement en tête même dans les Etats conservateurs du Sud considérés comme des fiefs du Texan Ted Cruz. Il a de bonnes chances d’obtenir les 1237 délégués nécessaires pour sortir de la Convention républicaine de Cleveland en juillet dans la peau du candidat officiel du parti.

Le milliardaire, qui se targue de payer lui-même sa campagne sans appuis extérieurs, a remis dans le rang ceux qui prédisaient son implosion. Au Congrès, à Washington, plusieurs élus se demandent déjà comment ils pourraient collaborer avec le président Trump. Dans le Nevada, il a démenti ses contradicteurs qui affirmaient que son soutien au sein de l’électorat était plafonné à 30%. Si les équipes de campagne de Ted Cruz et de Marco Rubio paraissent mieux organisées sur le terrain, les urnes ont montré qu’avec Donald Trump, les règles habituelles pour mener campagne ne tiennent plus.

Car le milliardaire de New York représente un animal politique totalement nouveau. C’est un candidat «post-moderne». Personne mieux que lui a compris l’ère dans laquelle on vit, celle de la révolution numérique. Il a fait des réseaux sociaux son principal chef de campagne, captant avec une redoutable efficacité le mécontentement populaire. Le message est secondaire, l’essentiel est le médium. A la différence de Barack Obama qui, en 2008 et 2012 véhiculait sa vision politique à travers les réseaux sociaux, Donald Trump communique par slogans réducteurs. Les médias en sont d’ailleurs au point de renoncer à vérifier les déclarations du candidat, tant elles font fi des faits.

Lire également: La vision du monde du milliardaire new-yorkais

Un candidat sans tabou et populaire

Peu importe qu’il diabolise les immigrants hispaniques et musulmans ou juge «honteuses» les déclarations du pape sur sa foi chrétienne, rien n’est tabou à ses yeux. Quand il boycotte un débat télévisé sur Fox News, les électeurs le plébiscitent encore davantage. Il n’est d’ailleurs pas très à l’aise dans les débats télévisés. Mais sa popularité n’en souffre pas – preuve, peut-être, que ces grands-messes télévisuelles ne sont plus le lieu où se fait l’élection.

Jusqu’ici, le New Yorkais a bénéficié du très grand nombre de candidats à l’investiture républicaine. Aujourd’hui, ils ne sont plus que cinq. Mais rien ne dit qu’une défection du sénateur texan Ted Cruz, par exemple, bénéficierait au candidat de «l’establishment par défaut» Marco Rubio.

Comment a-t-on pu en arriver là? Quand il lança sa campagne électorale en juin 2015, rares sont ceux qui lui donnaient la moindre chance. Animateur de l’émission de télé-réalité «The Apprentice» sur NBC de 2004 à 2015, Donald Trump a une popularité indéniable outre-Atlantique. Mais son succès actuel, il ne le doit pas seulement à son charisme et à ses propos démagogiques, qui séduisent des Américains agacés par le cirque politique de Washington et l’incapacité des institutions (Congrès, Barack Obama, Cour suprême, partis politiques…) de répondre à leurs inquiétudes.

Pour Jill Lepore du magazine New Yorker, Donald Trump a su profiter de la crise des partis politiques en Amérique, dépassés, en même temps que la presse, par une révolution de la communication. «C’est peu probable, mais pas impossible que les forces atomisantes […] de cette nouvelle révolution de la communication marquent la fin du système bipartite et le début d’une institution politique nouvelle, mais plus bancale.»

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