Iran

Pour ou contre les réformes iraniennes

Dans un double scrutin les Iraniens renouvellent leur parlement et l’Assemblée des experts qui désignera le successeur de Khamenei

L’Iran ne basculera pas dans le chaos ce vendredi lors des élections. Ce double scrutin est cependant au moins aussi important que les précédents: les législatives de 2009 qui avaient précipité le pays dans des convulsions révolutionnaires suivies par une répression impitoyable et celui de 2013 verrouillé par les Gardiens de la révolution qui avaient alors réussi à contenir les manifestations.

L’enjeu n’est pas de renverser la théocratie mais de voter pour un modèle de société: Il en va de la poursuite des réformes, de l’ouverture de l’Iran au reste du monde et de la succession du guide suprême, Ali Khamenei. Ce dernier, souffrant, dit-on, d’un cancer de la prostate au dernier stade, veut s’assurer qu’un dauphin pourra perpétuer l’héritage de l’ayatollah Khomeyni d’une main de fer comme il l’a fait lui-même. Les termes du vote sont donc clairs, comme les camps d’ailleurs, et pour cette raison la participation pourrait être sans précédent.

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Intérêt des Iraniens

12 000 candidats se sont initialement présentés pour renouveler le Majlis (le parlement). Même si seuls 50% d’entre eux ont été officiellement autorisés à figurer sur les listes électorales, il s’agit d’un record qui montre bien l’intérêt des Iraniens à ce scrutin et plus encore leur volonté de jouer un rôle dans la politique. Parmi les candidats réformateurs ou modérés, beaucoup ont été exclus par le Conseil des gardiens de la Constitution, mais comme l’explique Ali Vaez, analyste senior à l’International Crisis Group (ICG), le scrutin reste très ouvert: «Une forte participation pourrait jouer en faveur des modérés et ces derniers ont réussi à mobiliser leurs supporters via les réseaux sociaux.»

Les Gardiens de la révolution ont ces dernières années obtenu la fermeture de nombreux journaux de l’opposition, mais ils n’ont pas pu endiguer la passion que vouent les jeunes Iraniens pour les plateformes d’échange sur internet. «Une application nommée Télégramme se flatte d’avoir 25 millions de membres», ajoute Ali Vaez. Les conservateurs, eux, ont privilégié la télévision d’état, mais leur popularité s’est érodée.

En plus des moyens de propagande et de communication, tout oppose les deux camps. «Les modérés ou pragmatiques plaident pour que l’Iran rejoigne l’économie globalisée et renoue avec la communauté internationale. Ils ont choisi l’ouverture au monde. En face, les conservateurs qui campent sur une ligne dure, ceux qu’on pourrait qualifier d’ultras, prônent l’isolationnisme, l’autonomie et le repli sur soi. Ils considèrent que les relations économiques et politiques avec le reste du monde menacent leurs intérêts», poursuit Ali Vaez. Les réformateurs ont rallié à leur cause les plus modérés des conservateurs, ils sont même parvenus à former une liste unique sous la bannière de l’Espoir.

Les candidats modérés recalés

Pas de surprise à attendre du côté de l’élection des 88 membres de l’assemblée des experts, qui a pour principale fonction de désigner le successeur du guide suprême. Presque tous les candidats dont on pouvait soupçonner qu’ils étaient modérés ont été recalés. Même Hassan Khomeyni, le petit-fils de l’ayatollah Khomeyni a été exclu sous prétexte que ses connaissances religieuses n’ont pu être vérifiées. Ce religieux qui enseigne dans la prestigieuse université de Qom apparaissait comme trop modéré aux yeux des conservateurs.

En revanche, explique Thierry Coville, chercheur à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) à Paris, la composition du Majlis dira si les réformes entreprises par le président Hassan Rohani pourront ou non se poursuivre: «Hassan Rohani a besoin du soutien de l’assemblée pour mener à bien les privatisations et s’attaquer aux intérêts économiques des Gardiens de la révolution». Et c’est sur le terrain économique, que les Iraniens attendent un renouveau.

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