France

Des milliers de manifestants engagent «un bras de fer» contre le gouvernement français

La contestation a rassemblé syndicats, étudiants et lycéens. Le chef de l’Etat François Hollande a jugé «nécessaire d’écouter» les opposants au projet de réforme du code du travail

Plusieurs dizaines de milliers de manifestants ont défilé mercredi partout en France pour dire non à la réforme du code du travail portée par la ministre Myriam El Khomri. C’est le premier rendez-vous d’une contestation qui rassemble syndicats, étudiants et lycéens et que François Hollande a jugé «nécessaire d’écouter».

Hasard du calendrier, la journée est aussi marquée par des perturbations dans les transports, en particulier à la SNCF, avec des motifs de grogne liés aux conditions de travail et aux salaires. A Paris, à l’appel de plusieurs syndicats, un défilé a réuni plusieurs milliers de personnes entre le Medef et le Ministère du travail à la mi-journée. Le «message est clair»: dire à François Hollande et Manuel Valls de cesser de reprendre les propositions du patronat, selon Philippe Martinez, numéro un de la CGT. Son syndicat, comme Force ouvrière (FO), réclame le retrait du projet.

«Lutter jusqu’au retrait»

«On rentre dans un bras de fer dont personne ne connaît l’issue», a affirmé Jean-Claude Mailly, numéro un de FO. Dans l’après-midi, place de la République, plusieurs milliers de lycéens et étudiants ont répondu à l’appel de syndicats et organisations de jeunesse (Unef, UNL, EELV, Front de gauche, jeunes communistes) se disant prêts à «lutter jusqu’au retrait».

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Aux côtés des jeunes, des salariés et quelques personnalités politiques, comme Pierre Laurent (PCF), qui a évoqué «une lame de fond en train de se lever chez la jeunesse et les salariés». Un cortège de lycéens et étudiants, parti de la place de la Nation en fin de matinée, avait déjà rejoint la place de la République peu avant 13h00, en scandant «El Khomri, t’es foutue, la jeunesse est dans la rue» et en lançant des œufs, des fumigènes et des pétards.

Blocage des lycées

«Cette loi est absurde: le travail de nuit, les licenciements abusifs… C’est affligeant de voir ça, surtout de la part des socialistes», s’insurgeait Lucie Ferreira, 21 ans, étudiante en IUT à Fontainebleau, en Seine-et-Marne. Une centaine de lycées, dont une quarantaine en Ile-de-France, ont fait l’objet d’un blocage, total ou filtrant, selon l’UNL, un des principaux syndicats de lycéens. Environ 150 rassemblements étaient prévus en régions.

La date du 9 mars devait être celle de la présentation du projet El Khomri en conseil des ministres. Mais la contestation a contraint le premier ministre à revoir son calendrier: Manuel Valls a repris la concertation avec les partenaires sociaux et les députés socialistes et le projet sera finalement présenté le 24 mars.

«De profondes modifications» réclamées

Il lui reste encore beaucoup à faire pour convaincre ses interlocuteurs du bien-fondé de la réforme, censée lutter contre le chômage de masse. Plusieurs points cristallisent les mécontentements: la réforme du licenciement économique, le plafonnement des indemnités prud’homales en cas de licenciement abusif, la primauté des accords d’entreprise dans l’organisation du travail.

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Le front syndical est néanmoins fissuré, les syndicats «réformistes» (CFDT, CFE-CGC, CFTC, Unsa) et la Fage (étudiants) ayant préféré des rassemblements distincts le 12 mars. Plutôt qu’un retrait du texte, ils demandent «de profondes modifications», comme l’a répété mercredi le patron de la CFDT, Laurent Berger, sans écarter la possibilité d’un «conflit social» si le gouvernement ne bouge pas. En revanche, pour Laurent Berger, le projet ne contient pas de mesures anti-jeunes, contrairement au Contrat première embauche il y a dix ans.

La gauche «fracturée»

François Hollande a rappelé en Conseil des ministres que la France entendait «préserver son modèle social» mais en «l’adaptant», a rapporté le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll. Il s’agit de «renforcer le dialogue social», «donner de la visibilité aux employeurs et salariés» et lutter «contre la précarité», alors que 80% des contrats signés le sont en CDD ou en intérim, a-t-il énuméré. Le chef de l’Etat a aussi estimé «nécessaire d’écouter les revendications» des syndicats et «d’être ouvert au dialogue».

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Le Premier ministre a déjà promis des «améliorations», mais ses marges de manœuvre semblent étroites entre des syndicats, dont «aucun n’est d’accord avec la loi», selon M. Martinez, et le patron du Medef, Pierre Gattaz, pour lequel un retrait du texte serait «dramatique pour le pays».

Si ce projet passe, je pense qu’on aura malheureusement fracturé la gauche.

Le gouvernement fait aussi face à une profonde division de la gauche, déjà alimentée par le débat sur la déchéance de nationalité. «Si ce projet passe, je pense qu’on aura malheureusement fracturé la gauche», craignait mercredi Benjamin Lucas, président du Mouvement des Jeunes Socialistes, opposé au texte.

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