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Une partie des mafieux arrêtés en Suisse étaient des «secondos» bien intégrés

Les quinze mafieux présumés de la ’Ndrangheta arrêtés mercredi en Suisse étaient pour beaucoup des «secondos» scolarisés en Suisse et bien intégrés à la vie locale. Ces informations interrogent sur l'implantation réelle de la mafia calabraise dans le pays

A quel point la mafia calabraise est-elle ancrée en Suisse? Au lendemain de l’arrestation de 15 membres présumés de la ‘Ndrangheta – 12 dans le canton de Thurgovie, un à Zurich et deux en – plusieurs médias alémaniques s’interrogent.

Dans son édition du 9 mars, le Tages Anzeiger livre des informations plus précises sur le profil de ces mafieux présumés. Résidents des villages d’Eschlikon ou de Felben-Wellhausen en Thurgovie, beaucoup d’entre eux seraient des «secondos», des immigrés de deuxième génération qui ont grandi et ont été scolarisés en Suisse. Leur profession officielle: revendeur de voitures, chauffeur d’autobus ou employé de banque. Tous participaient activement à la vie de la communauté.

Un pied en Calabre, l'autre en Suisse

Mafia aujourd'hui extrêmement mondialisée, la ‘Ndrangheta, originaire de la Calabre italienne génère un chiffre d'affaire de plus de 50 milliards d'euros, selon l'Institut Demoskopikar, et est implantée dans des dizaines de pays dans le monde. Dont la Suisse. 

Lire notre article:  Acte III dans le feuilleton de la cellule mafieuse de Frauenfeld

Dans son rapport 2104, fedpol rappelait que le Tessin était naturellement un pont pour la ‘Ndrangheta nord-italienne. Mais pointait également la présence de cellules mafieuses – comme celle de Frauenfeld – dans le reste de la Suisse, cellules souvent coordonnées entre elles et avec le siège historique italien. «Certaines personnes domiciliées en Suisse ont des liens familiaux parfois très étroits avec des hauts représentants de la ’Ndrangheta en Calabre. Dans la région zurichoise et en Suisse orientale, des personnes de Calabre septentrionale dominent par exemple. En Valais, les principaux représentants viennent avant tout de Calabre méridionale (...) Ils sont considérés comme étant bien intégrés socialement.»

Hier, à la Radio télévision suisse alémanique, Maria Roselli, une journaliste spécialiste des réseaux mafieux, estimait à cinq ou six le nombre de ces cellules actives. Et rappelait que la bonne intégration dans le tissu local était avant tout une stratégie. «Les mafieux de la ‘Ndrangheta réussissent aussi parce qu'ils adaptent très intelligemment à leurs traditions respectives dans les pays. Ils essaient d'exploiter l'inexpérience des autorités.»

Discrétion et violence

Interrogé en octobre dernier par la Wochenzeitung, le criminologue et journaliste italien Giovanni Titien ne disait pas autre chose: «La 'Ndrangheta est très adaptable, patiente et ingénieuse pour s'établir discrètement en Suisse. Bien sûr, ils ne tenteront pas de collecter l'argent de la protection en Suisse (auprès des commerçants, pratique mafieuse courante en Italie). Ils vont chercher et trouver d'autres moyens. Mais à un moment donné, ils vont recourir à la violence, la corruption et l'influence politique.»

Le journaliste italien rappelait également l'exemple allemand, avec le sextuple meurtre de Duisburg, un sanglant règlement de comptes entre mafieux ou le recours à la triche électorale à Stuttgart dans l'élection d'un sénateur.

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