terrorisme

6 questions sur la fuite de documents sur 22 000 membres de l'Etat islamique 

La chaîne d'information britannique Sky News a affirmé mercredi avoir mis la main sur des documents contenant les noms de 22 000 membres de l'Etat islamique. Une fuite potentiellement dévastatrice pour le groupe djihadiste, selon des experts


1. Comment ces documents sont-ils parvenus à la chaîne britannique Sky News ?

C'est un ex-membre de l'EI désabusé qui aurait remis à la chaîne britannique une clé USB contenant les fichiers, volés au chef de la police interne de l'organisation djihadiste, selon Sky News. Une fois les documents dérobés, il les aurait transmis à un journaliste en Turquie, expliquant avoir quitté l'Etat islamique à cause de l'«effondrement des principes islamiques auxquels il croit au sein du groupe». «Cette organisation est une escroquerie, ce n'est pas l'islam», dit-il dans une vidéo diffusée par Sky News où il apparaît le visage dissimulé.


2. Ces documents sont-ils authentiques?

Le Guardian confirme: selon le quotidien britannique, le même jeu de documents aurait été remis au renseignement allemand, une information confirmée par le ministre de l'intérieur germanique qui atteste de son authenticité.

Mais, sur Twitter, rappelle le site Francetvinfo, plusieurs spécialistes de l'organisation terroriste ont émis des réserves sur la forme des documents. Sur le fait notamment qu'une partie des documents ait été publiée sur le site de Zaman al-Wasl, proche de l'opposition à Bachar Al-Assad. 

Des erreurs grammaticales et des formulations douteuses font également douter certains experts. Le nom arabe de «l'Etat islamique d'Irak et de Syrie», un ancien nom de l'EI, est ainsi écrit de deux différentes manières et le dossier sur les morts utilise le terme «date du décès» au lieu de la phraséologie djihadiste de «martyr». Romain Caillet, expert des mouvements djihadistes, relève aussi la présence d'un logo circulaire qui n'a jamais été utilisé dans les documents de l'EI.

D'après Dalia Ghanem-Yazbeck, chercheur au centre Carnegie pour le Moyen-Orient à Beyrouth, les erreurs grammaticales et autres bizarreries qu'on y trouve peuvent s'expliquer par le fait qu'elles «remontent à la fin 2013, au moment où l'EI commençait à établir son Etat» et sa bureaucratie, précise-t-elle.


3. Que contiennent ces documents? 

Ces documents en question contiennent les noms, adresses ou encore numéros de téléphone des recrues. Ce sont des formulaires remplis par des ressortissants de 55 pays ayant rejoint l'Etat islamique. Certains contiendraient des informations sur des jihadistes jusqu'à présent non identifiés qui se trouvent en Europe occidentale, aux Etats-Unis, au Canada, au Maghreb et au Moyen-Orient.

Groupe sanguin, nom de jeune fille de leur mère ou encore «niveau de compréhension de la charia», la loi islamique... Les recrues de l'EI doivent répondre en tout à 23 questions, selon des reproductions de formulaires diffusées par Sky News.


4. Des «leaks» de l'Etat islamique, est-ce une première ? 

De précédentes fuites de documents avaient déjà trahi la tendance bureaucratique prononcée de l'Etat islamique. Mais si celle-ci est confirmée, elle constituerait par son ampleur la fuite la plus importante. Sur Twitter, Richard Barrett, ancien patron du contre-terrorisme au sein du renseignement extérieur britannique, a qualifié le butin de «ressource inestimable pour les analystes».

«Ce pourrait être un événement majeur», a déclaré à l'AFP Chris Phillips, directeur général du cabinet International Protect and Prepare Security Office. «Cela montre combien l'EI est vulnérable aux siens qui se retournent contre lui», a-t-il estimé.

Cette fuite de documents «montre qu'il existe des voix dissidentes dans les rangs de l'EI», pour Olivier Guitta, directeur général du cabinet de conseil GlobalStrat. «Comme dans toute organisation d'envergure, il y aura des luttes de pouvoir et on pourrait voir à l'avenir une possible implosion de l'EI en différentes factions», a-t-il ajouté. 


5. Les noms publiés sont-ils déjà connus?

Certains noms de jihadistes déjà identifiés sont contenus dans les documents. C'est le cas, par exemple, d'Abdel-Majed Abdel Bary, un ancien rappeur originaire de Londres qui s'est illustré en postant sur Twitter une photo de lui brandissant une tête tranchée. Autre nom connu en Grande-Bretagne, celui de Junaid Hussain, un hackeur de l'EI orginaire de Birmingham (centre) tué dans une frappe de drone en août. 


6. A quoi vont servir ces documents? 

Les documents transmis à Sky News pourraient être utilisés lors de futurs procès, selon M. Phillips, et permettre de réduire le nombre de départs de ressortissants de pays européens ou nord-américains vers les zones contrôlées par l'EI. «Comprendre la manière dont ces gens ont voyagé et qui les a recrutés est essentiel pour réduire (le nombre) de futurs départs», a-t-il soutenu.

Plusieurs milliers de citoyens européens ont rejoint les rangs de cette organisation qui a conquis de vastes zones en Syrie et en Irak et proclamé en 2014 le «califat», et les autorités de leurs pays d'origine craignent qu'ils ne commettent des attentats à leur retour.

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