Japon

A Fukushima, le déclin démographique

Cinq ans après la catastrophe nucléaire, la préfecture située au nord de Tokyo doit faire face à de nombreux problèmes

Cinq ans après la catastrophe de Fukushima du 11 mars 2011, la préfecture doit faire face à de multiples défis. Le plus important concerne la décontamination et le démantèlement de la centrale nucléaire. Les travaux dureront encore des décennies. De plus, quelque neuf millions de sacs d’un m3 remplis de déchets radioactifs sont disséminés sur le territoire de la préfecture, une surface équivalant au tiers de la Suisse.

«Deux sites de stockage seront construits à proximité de la centrale, confie Yasuo Ito, chef du département de revitalisation des zones évacuées de la préfecture de Fukushima. Nous sommes actuellement en négociations pour acquérir des terrains et une partie des sites devraient être ouverts avant la fin de cette année. Nous ne savons pas encore quand ils seront complètement terminés, car nous attendons la décision du gouvernement. Les travaux devraient durer deux années, voire davantage.» Les sites de stockage des déchets radioactifs sont prévus pour trente ans. Selon le responsable du département, la préfecture a reçu l’assurance de Tokyo que les déchets radioactifs seront ensuite déplacés à l’extérieur de Fukushima. «Le lieu final n’a pas encore été décidé», souligne-t-il.

Outre la gestion des déchets, la catastrophe nucléaire a engendré une accentuation du déclin démographique dans la préfecture de Fukushima. Son gouverneur Masao Uchibori a souligné cette tendance le mois dernier. Entre mars 2011 et janvier 2016, la population a diminué de près de 113 000 habitants sur un total d’environ 2 millions avant la catastrophe. «40 000 résidents ont quitté Fukushima depuis mars 2011. De plus, comme la majorité des autres préfectures du Japon, nous souffrons d’un faible taux de natalité et du vieillissement de la population. A long terme, nous devons encourager les personnes qui vivent en dehors de la préfecture à venir s’installer à Fukushima. Pour les convaincre, nous avons mis en place un plan d’innovation pour revitaliser les zones d’évacuation, via de nouvelles activités industrielles [ndlr.: les énergies renouvelables notamment]. Nous ne pouvons pas réussir à freiner le déclin démographique sans trouver de nouveaux débouchés capables d’attirer des personnes qui ne vivent pas dans notre préfecture», martèle-t-il.

24 000 évacués à Iwaki

Iwaki, ville de 350 000 habitants située à une cinquantaine de kilomètres de la centrale nucléaire, doit au contraire gérer un essor démographique. La ville côtière, qui a eu des dizaines de milliers de maisons endommagées par le tremblement de terre et le raz-de-marée, sert de terre d’accueil pour 24 000 évacués. «Au niveau de la construction, notre situation est très complexe. Il est difficile de faire face aux besoins simultanés des habitants d’Iwaki qui ont perdu leur logement et de ceux qui viennent des zones d’évacuation. Nous venons de terminer la construction de 1513 logements et essayons d’affecter ceux qui sont vides aux personnes qui en ont besoin», expliquait cette semaine le maire Toshio Shimizu.

Autre difficulté: le développement des infrastructures, notamment dans le traitement des déchets. «Ils ont augmenté avec l’arrivée des évacués. Nous avons certes obtenu un financement du gouvernement pour développer des infrastructures, mais nous ne savons pas si elles seront utiles pour une longue période. Nous enquêtons auprès des évacués pour savoir s’ils comptent retourner chez eux pour nous faire une idée de l’évolution démographique. Mais il est très difficile de la prévoir pour les cinq prochaines années», reconnaît Toshio Shimizu.

Par ailleurs, l’accueil des évacués du nucléaire a provoqué des tensions avec les locaux victimes de la catastrophe naturelle. En termes de compensations, les premiers ont reçu plus d’argent que les seconds. «Certains évacués bénéficient de nos services publics, mais sont enregistrés dans le lieu où ils vivaient avant la catastrophe. Nous les encourageons désormais à payer leurs impôts à Iwaki», explique le maire. Toshio Shimizu a demandé au gouvernement de réviser le système d’enregistrement des évacués pour permettre un prélèvement d’impôts, mais il n’a obtenu aucune réponse.

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