Syrie

A Genève, le tortueux chemin fléché de la paix

Les pourparlers reprennent à Genève, au milieu d’un dispositif de plus en plus complexe

La panoplie a commencé a se déployer. Ces prochains jours devraient redémarrer les pourparlers de Genève sur la Syrie, ou plutôt démarrer, tant il est vrai que ces discussions politiques n’ont jamais réellement commencé jusqu’ici. Enfin une rencontre intersyrienne pour débattre d’une future issue politique? Pas si vite: l’attirail progressivement mis en place à Genève s’annonce pratiquement aussi compliqué que le conflit lui-même, où se mêlent, de part et d’autre, des dizaines de milices surmontées par toutes les puissances de la région, ainsi que par la Russie et les Etats-Unis.

Le dispositif de Genève devient si lourd que, alors que les pourparlers eux-mêmes devaient débuter ce mercredi, ce sont les… vérificateurs de tout ordre qui ont commencé à arriver ce jour, a noté devant la presse l’envoyé spécial de l’ONU Staffan de Mistura.

Dans un coin: la «task force» internationale (17 membres, ainsi que l’ONU) dont le rôle est de veiller à l’application de la «cessation des hostilités», plus ou moins en vigueur depuis deux semaines. Dans l’autre coin: une autre «task force» (avec les mêmes membres) chargée de dégager la voie aux convois humanitaires destinés à soulager des centaines de milliers de Syriens assiégés, principalement par les forces du régime syrien de Bachar el-Assad.

Ailleurs encore: un «centre opérationnel» réunissant Russes, Américains et responsables de l’ONU, dont la tâche est aussi liée au respect du cessez-le-feu, et qui devra notamment se mettre d’accord sur la délimitation des zones dans lesquels les armes doivent continuer de se taire.

C’est quelque part au milieu de ce parcours fléché que les délégations syriennes, lorsqu’elles arriveront, devront trouver leur place. Des places séparées, en réalité, puisqu’il n’est toujours pas question pour l’instant de la moindre rencontre directe. Les discussions, a promis Staffan de Mistura, iront d’emblée droit au but: dessiner les modalités d’une «transition politique» qui devrait déboucher sur des élections et, c’est du moins la vision qu’en a l’opposition, sur un changement de régime à Damas.

Les questions liées d’une part au cessez-le-feu – c’est-à-dire notamment aux bombardements de la Russie et des hélicoptères de l’armée syrienne – et d’autre part à la famine qui s’aggrave dans une bonne partie du pays? Elles ont jusqu’ici servi d’«alibi» pour ne pas entamer les discussions politiques, en est venu à affirmer l’émissaire de l’ONU. Pour ces questions annexes, prière de s’adresser aux «task forces» pertinentes…

L’envoyé spécial de l’ONU ne s’est pas attardé mercredi sur les autres affaires marginales qui ont empoisonné les précédentes tentatives. Quels seront les groupes représentés à Genève, et surtout quelle place accordera-t-on aux Kurdes syriens dont l’avancée sur le terrain a été spectaculaire ces dernières semaines grâce à l’appui de l’aviation russe? Quel est le sort des prisonniers, notamment des femmes et des enfants, dont l’opposition a placé la libération au centre de ses exigences?

Et surtout, que se passera-t-il si tous ceux qui rêvent de voir voler en éclats le cessez-le-feu décidaient de se donner la main dans les jours qui viennent?

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