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Nathalie Kosciusko-Morizet: «Les Français ne supportent plus la trahison»

Candidate aux primaires de la droite française, Nathalie Kosciusko-Morizet veut bousculer le machisme de l’élite politique hexagonale. Avec un argument: le monde change, et ces hommes-là ne le comprennent plus

Tantôt D’Artagnan, tantôt Cyrano: prompte à rappeler «qu’il est temps pour la France d’expérimenter le pouvoir au féminin», Nathalie Kosciusko-Morizet a le verbe et la posture des mousquetaires. Coté d’Artagnan, le goût pour l’attaque et un tempérament teigneux qui vaut, au sein de la droite française, une réputation «de sacrée emmerdeuse» à cette quadragénaire toujours portée vers l’offensive.

Côté Cyrano, un goût pour une certaine emphase, et l’envie folle de susciter admiration et affection dans son camp politique et au-delà. Attablée avec un groupe de journalistes réunis par son éditeur pour présenter son livre Nous avons changé de monde (Ed. Albin Michel), celle qui s’est déclarée mardi soir candidate aux primaires de la droite fait vibrer d’emblée la corde passionnelle: «Ce livre est probablement le plus personnel que je n’ai jamais écrit, explique-t-elle. J’ai mis un an à l’écrire sur la base de mes notes prises depuis des années. Alors ne soyez pas surpris de ma susceptibilité de chat.»

«Hyper-bobo»… de droite

NKM, puisque ces trois initiales la désignent depuis des années au grand public, s’apprête à surjouer durant la campagne pour les primaires des 20 et 27 novembre le rôle qui lui va le mieux: celui d’une femme de France brillante, ouverte, séduisante, entêtée, et résolue à conjuguer son action au futur plutôt qu’au présent. Si elle était de gauche, cette polytechnicienne de 42 ans, mère de deux garçons, mariée à un énarque et ex-élu local socialiste, serait à coup sûr classée «hyperbobo», caricature de la bourgeoise-bohème parisienne des beaux quartiers séduite par les nouvelles révolutions sociales. Son soutien au mariage pour tous et à la procréation médicalement assistée pour les homosexuels atteste de ce «libéralisme pas unijambiste et pas seulement économique» dont elle entend faire sa marque de fabrique.

Ses convictions de droite, héritées en partie de son père récemment décédé, ancien maire UMP de Sèvres dans la banlieue ouest de la capitale française, ont néanmoins chassé peu à peu la bohème. La haute fonction publique au sortir de Polytechnique, puis les postes ministériels, l’ont installé dans sa fonction d’égérie brillante d’une élite sûre d’elle-même. En haut de la pyramide républicaine. Bien décidée à y demeurer. Reste la décontraction générationnelle, le tutoiement facile, l’héritage métissé et lesté d’histoire de sa famille franco-polonaise, juive et catholique, mi-gaulliste mi-communiste. Le tout pimenté par une volonté: sortir du cadre en taclant le plus possible les très «machistes» éléphants de son parti.

Déclin français?

L’identité française, dont tous les candidats déclarés de la droite, de Nicolas Sarkozy à Alain Juppé en passant par Bruno Le Maire, font leurs choux gras dans la foulée des attentats? «A quoi bon ressasser ce thème lorsque les jeunes Français ont majoritairement envie d’émigrer pour s’épanouir? Ce n’est pas un thème qui reflète les questions de la société.» Les nouveaux types d’emploi et «l’ubérisation» de la société? «On est trop dans le débat moral. On n’est pas dans le concret. Je suis pour un statut général du travailleur indépendant. Il faut assumer.» Le déclin Français? «Personne ne réalise que nous sommes engagés dans une seconde phase de la mondialisation. La première était synonyme de standardisation à bas coût, et la France était mal équipée pour y faire face. D’où le choc que nous encaissons depuis plusieurs années. Aujourd’hui, le monde bascule en revanche dans le «sur-mesure». Les consommateurs veulent des produits qui leur ressemblent. Là, l’inventivité française peut faire des miracles.»

La meilleure manière de lire le livre de Nathalie Kosciusko-Morizet est peut-être d’imaginer, en tournant ses 251 pages, ce que devaient être les réunions de la direction des Républicains, avant que Nicolas Sarkozy, auquel elle doit presque tout, ne décide de l’en écarter, juste avant Noël.

Elle? L’insupportable boîte à idées techno-moderno-sociétale, alimentée par son goût d’ingénieure pour l’innovation, et par les réseaux de son jeune frère Pierre, fondateur de Priceminister.com revendu en 2010 au japonais Rakuten, puis actionnaire de la plate-forme de covoiturage Blablacar.

Nicolas n’est pas machiste, mais il incarne cette conception très verticale et masculine du pouvoir avec laquelle je me propose de rompre

Lui? Le parrain d’une famille politique qui lui échappe, incapable de comprendre pourquoi ceux qui l’ont prié de revenir mettre de l’ordre à droite à l’automne 2014 ne souhaitent pas le revoir à l’Elysée: «Nicolas n’est pas machiste, mais il incarne cette conception très verticale et masculine du pouvoir avec laquelle je me propose de rompre. Il croit encore à la rencontre mythique entre un homme salvateur et le peuple français», explique-t-elle au Temps, pour justifier sa décision de devenir la neuvième candidate déclarée aux primaires, contre l’avis de l’ex-chef de l’Etat qui, dit-on, fera tout pour compliquer sa collecte de parrainages et de soutiens parlementaires. Un proche de l’ancien président corrige: «Elle disqualifie tous ceux qui la jugent hystérique en les traitant de machos, mais elle est, de fait, sans cesse dans le chantage. Son argument, c’est: vous ne comprenez plus le monde actuel. Moi si. Un peu court, non, comme programme politique?»

Le poids de l'héritage

La vérité? «NKM a le complexe de tous ces enfants de grande et illustre famille à la recherche de leur propre destin. Elle doit à la fois se montrer digne de son héritage, et tuer ce père politique que fut pour elle Nicolas Sarkozy. Elle essaie donc, à droite, de se tailler un personnage mi-Simone Veil mi-Simone de Beauvoir: morale et révolutionnaire. Elle veut rouvrir un espace.»

Beaucoup plus crédible que l’incontrôlable Rachida Dati. Bien moins austère que Michèle Alliot Marie, pressentie elle aussi comme candidate. Avec l’espoir que, lors des primaires «le plus ouvertes possibles», les électrices de droite et d’ailleurs lui donneront sa chance: «Le drame de ce quinquennat n’est pas que François Hollande a déçu ses électeurs de gauche, mais qu’il les a trahis. Les Français sont prêts à des réformes fondamentales. Ce qu’ils ne supportent plus, c’est la trahison.» Parole de mousquetaire.

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