Editorial

Modèle vénézuélien, la grande illusion

Le Venezuela, porteur des espoirs de la gauche révolutionnaire européenne et latino-américaine, a sombré dans une crise économique et politique d’une extrême gravité

Les biens de consommation courants atteignent aujourd’hui des prix prohibitifs, quand ils ne manquent pas purement et simplement dans les magasins. Et le régime populiste en place, sorti défait des dernières élections législatives, a adopté la stratégie de la fuite en avant pour se maintenir, préférant rogner les prérogatives du parlement, et accentuer son profil autoritaire, plutôt que partager le pouvoir avec l’opposition.

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Elu triomphalement il y a dix-sept ans, le fondateur du régime, Hugo Chavez, avait porté les espoirs de nombreux Vénézuéliens dégoûtés par la corruption, l’inefficacité et le cynisme des partis traditionnels. Après avoir promis aux couches défavorisées de la population une redistribution massive des richesses, il avait entrepris dès son arrivée au pouvoir de lancer différents programmes de soutien à la consommation. Ce qui avait permis au Venezuela de se profiler comme l’un des pays du monde où la pauvreté se réduisait le plus massivement.

Mais ce progrès reposait largement sur une illusion. Le pouvoir chaviste a distribué énormément d’argent, ce qui a permis de soulager pendant un temps des millions de Vénézuéliens dans le besoin. Mais il n’a rien construit de durable. La chute actuelle des prix du pétrole a suffi à replonger une grande partie de la population dans la misère. Et ce sur fond d’explosion de la violence sociale, comme en témoignent les 27 000 assassinats répertoriés dans le pays en 2015 et le rang de ville la plus dangereuse du monde détenu désormais par Caracas.

Le Venezuela n’est pas seulement revenu à son point de départ. Il a reculé, sur l’ensemble de la période, dans certains domaines essentiels. A force de tenir les entrepreneurs pour des «ennemis du peuple», Hugo Chavez et son successeur, Nicolas Maduro, ont détruit l’appareil productif du pays, en condamnant à la fermeture des milliers de sociétés actives en dehors du secteur pétrolier. Des sociétés qui manquent cruellement ces temps à l’économie. Et ils ont dangereusement durci le jeu sur la scène politique. En se présentant sans cesse comme des sauveurs du peuple face à une oligarchie «vendue aux intérêts étrangers», ils ont exacerbé les très fortes tensions sociales dont souffre depuis toujours leur pays. Ce qui rend d’autant plus difficile un compromis politique à l’heure où seule une telle démarche paraît en mesure de pacifier la situation.

Les Vénézuéliens sont inquiets. Beaucoup craignent que la crise actuelle ne finisse par déraper «méchamment» pour déboucher sur une dictature ou sur le chaos. Et comment ne pas les comprendre? L’histoire de leur pays déborde de régimes militaires et d’explosions de violences.

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