Europe

Sommet UE-Turquie: le spectre d'un échec hante les dirigeants européens

Les Vingt-Huit n'ont pas de plan B et comptent beaucoup sur la Turquie pour enrayer le flux migratoire. Il n'y a toutefois pas d'unanimité. Donald Tusk les appelle à garder leur sang-froid. Le sommet de ces jeudi et vendredi s'annonce d'ores et déjà laborieux

La crise des réfugiés mobilise une nouvelle fois les chefs d’Etat et de gouvernement européens ce jeudi en fin de journée à Bruxelles. Ils seront rejoints demain par le premier ministre turc Ahmet Davutoglu. Objectif: boucler un accord visant à stopper le flux des réfugiés arrivant en Europe.

Il y sera surtout question des détails de l’accord de principe arrêté lors d’un sommet conjoint il y a dix jours dans la capitale européenne. «Nous ne parviendrons à un bon résultat que si nous collaborons efficacement et que nous gardons notre sang-froid, a déclaré Donald Tusk, président du Conseil européen, peu avant le début de la réunion à l’adresse des Vingt-Huit. Je suis optimiste, mais plus prudent qu’optimiste.»

Lire aussi: UE-Turquie: mariage de raison

La peur de l’échec

Le ton est donné. La déclaration de Donald Tusk montre à quel point les dirigeants européens ont peur d’un échec. «L’Union européenne (UE) n’a pas de plan B pour faire face à la crise des réfugiés, estime un analyste. Dès lors, ils comptent sur la Turquie, premier pays de transit pour les réfugiés syriens et irakiens, pour endiguer le flot vers l’Europe». «Je suis prudemment optimiste quant à la conclusion d’un accord contraignant avec la Turquie», a déclaré jeudi en début d’après-midi Jean-Claude Juncker, président de la Commission. A cette occasion, il s’en est pris aux Etats qui critiquent les initiatives du Conseil et de la Commission, mais qui refusent d’accueillir des réfugiés.

Lire aussi: La Turquie impose ses conditions aux Vingt-Huit

En effet, le front du refus d’un accord UE-Turquie s’est élargi cette semaine. Les pays du groupe Visegrad (République Tchèque, Pologne, Slovaquie et Hongrie) refusent de participer au programme de relocalisation de 160 000 réfugiés se trouvant déjà en Grèce et en Italie. La Hongrie a même obtenu gain de cause jeudi lorsque la justice européenne a validé sa pratique de renvoi de demandeurs d’asile vers un pays tiers, en l’occurrence la Serbie. Le président Viktor Orbán ne cesse de dire que les réfugiés syriens devraient être accueillis en Turquie, proche de leur propre pays. Par ailleurs, la Hongrie et la Slovaquie contestent le programme de relocalisation auprès de la Cour de justice de l’Union européenne.

Pas de «chèque en blanc»

Chypre s’est invité cette semaine dans le camp des récalcitrants. A tel point que le président du Conseil Donald Tusk s’est déplacé personnellement à Nicosie pour s’entretenir avec les autorités. Il n’a toutefois pas réussi à assouplir les positions. L’île dont la partie nord est toujours sous occupation turque, refuse formellement de donner le feu vert à l’ouverture de nouveaux chapitres des négociations en vue de la candidature turque à l’adhésion à l’UE. Ce qui est l’une des exigences turques pour aider l’UE. Martin Schulz, le président du Parlement européen, a plaidé hier que l’ouverture des négociations serait l’occasion de soulever divers problèmes avec Ankara, y compris sur Chypre et sur l’état de droit et les libertés fondamentales.

La Turquie n’est pas mûre pour une adhésion. Et je crois que ce ne sera pas encore le cas dans dix ans.

A ce propos, la chancelière allemande Angela Merkel, grande partisane d’un accord avec la Turquie, a aussi voulu rassurer Chypre. «Un accord ne se traduira pas par un chèque en blanc à Ankara», a-t-elle déclaré mercredi à Berlin. Pour Jean-Claude Junker, l’adhésion de la Turquie à l’UE n’est absolument pas à l’ordre du jour. «La Turquie n’est pas mûre pour une adhésion, a-t-il déclaré dans l’édition de jeudi du quotidien allemand Handelsblatt. Et je crois que ce ne sera pas encore le cas dans dix ans.»

Un sommet qui pourrait durer

La France s’oppose à l’exemption de visa aux citoyens turcs voulant se rendre dans l’espace Schengen. Selon l’accord de principe signé il y a dix jours, cette mesure sera effective dès fin juin 2016. La Commission a temporisé jeudi en disant que la Turquie n’a de loin pas encore satisfait la liste de 72 critères avant d’obtenir la facilité. Paris, mais aussi d’autres capitales européennes estiment qu’il est prématuré de libéraliser la circulation des personnes à la Turquie, un pays de 77 millions d’habitants.

Le projet d’accord EU-Turquie du sommet tient compte des réticences des uns et des autres. Mais les Vingt-Huit sont loin d’être unanimes. Autant dire que la rencontre devrait durer jusqu’à tard dans la nuit de jeudi et vendredi.

Publicité