Europe

Les Vingt-Huit réduisent leur offre à la Turquie

Les dirigeants européens ont arrêté, dans la nuit de jeudi à vendredi, une position commune qu’ils présenteront ce vendredi au premier ministre turc Ahmet Davutoglu. Objectif: collaborer pour endiguer le flot de réfugiés en direction de l’Europe. Mais la méfiance règne

Motus et bouche cousue. C’est l’attitude qu’ont adoptée les dirigeants européens à l’issue d’une première séance de travail dans la nuit de jeudi à vendredi, consacré à la crise des réfugiés. Selon des sources concordantes, ils ont trouvé un compromis sur le mode de collaboration qu’ils souhaitent mettre en place avec Ankara en vue d’endiguer le flux migratoire partant de la Turquie vers les Etats de l’Union européenne (UE).

«Il n’y a pas d’accord formel entre Européens, a nuancé un diplomate, mais une position commune avec des lignes rouges à ne pas franchir.» En réalité, l’objectif de ce sommet est de peaufiner les détails d’un accord de principe arrêté entre la Turquie et l’UE le 7 mars dernier. La position commune européenne sera présentée au premier ministre turc Ahmet Davutoglu vendredi matin.

La Turquie accusée de faire du chantage

Selon le projet d’accord préparé par le Conseil européen, l’UE a réduit son offre à la Turquie en échange de sa collaboration. Une telle approche a été rendue nécessaire du fait que plusieurs Etats ont montré, ces derniers jours, des fortes réticences par rapport aux exigences turques. Certains dirigeants politiques sont même allés jusqu’à accuser la Turquie de faire du chantage contre son aide. De son côté, le président turc Recep Tayyip Erdogan ne rate aucune occasion pour montrer que c’est lui qui tient le couteau par le manche.

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Ankara avait en gros fait trois demandes. Primo, l’exemption de visa pour les citoyens turcs voulant voyager dans l’espace Schengen pour le 30 juin 2016. La réponse européenne est claire: oui, mais à condition que la Turquie remplisse les 72 conditions qui y sont liées. Le président français François Hollande s’est montré particulièrement exigeant, disant que la France ne ferait pas de concession sur ce point.

Secondo, l’ouverture de cinq chapitres de négociations dans le cadre de la candidature turque à l’adhésion à l’UE. Alors que la semaine dernière, celle-ci avait montré une certaine volonté d’acquiescer, Chypre, dont la partie nord est encore occupée par les forces turques, a joué au trouble-fête. Le projet d’accord approuvé par les Vingt-Huit parle d’ouvrir les négociations sur l’adhésion «au plus tôt possible», ce qui en langage diplomatique est plutôt une réponse incertaine. Toutefois, à son arrivée au sommet, le président chypriote Nicos Anastasiades avait laissé entendre qu’un compromis était encore possible.

Trois milliards d’euros supplémentaires

Enfin, la Turquie avait demandé une somme supplémentaire, trois milliards d’euros par an à partir de 2018 selon des diplomates, pour subvenir aux besoins des réfugiés installés sur son territoire, en sus de trois milliards qui ont déjà accepté par l’UE. Le projet d’accord dit que cette question sera étudiée ultérieurement et à la lumière des expériences de ces prochaines années.

En échange, la Turquie avait accepté d’accueillir tous les réfugiés en situation irrégulière ayant transité par son territoire et de négocier elle-même des programmes de retour avec leur pays d’origine. Dans l’accord de principe du 7 mars, Ankara avait aussi accepté de reprendre chaque réfugié syrien se trouvant en situation irrégulière en Grèce contre un réfugié syrien se trouvant en Turquie qui serait accueilli par un Etat européen. Ce dispositif serait plafonné à 72 000 places offertes par l’UE en 2016.

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Pour l’heure, les réactions turques à la position commune ne sont pas encore connues. Mais certains Etats n’excluent pas l’idée que le premier ministre turc refuse l’offre diluée et conditionnelle avancée par l’UE. «Il n’est pas question de brader nos valeurs», a déclaré le premier ministre belge Charles Michel à l’issue de la réunion, refusant une négociation avec Ankara qui «ressemble parfois à une forme de chantage». Autant dire que la méfiance règne entre la Turquie et l’UE.

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