Bruxelles

Jean-Paul Rouiller sur les attentats: «Ce qui me frappe, c'est la simplicité de ces opérations»

Pour l'expert en terrorisme et ancien des Renseignements suisses, ce type d'attentats peut facilement se reproduire

Jean-Paul Rouiller est expert en terrorisme, il a travaillé pour les Renseignements suisses.

Le Temps: Qu'est-ce qui vous frappe dans ces attentats?

Jean-Paul Rouiller: La simplicité de ces opérations. Je ne parlerais pas, comme le font certains, d'un haut degré de préparation. Au contraire. Si vous regardez dans l'entourage de Salah Abdeslam, il avait un artificier, capable de fabriquer une ceinture à explosifs, parmi ses proches. Il suffit ensuite de choisir un endroit à forte densité humaine, pas très sécurisé – un hall d'aéroport est facile à pénétrer –, et vous arrivez à ce qui s'est passé à Bruxelles. Un peu sur le mode des attentats de Londres de 2005, où quatre explosions touchant des transports publics ont fait 56 morts. Ou encore celui qui a eu lieu le 30 juin 2007 contre l'aéroport international de Glasgow. Une voiture piégée a percuté une porte du terminal 1, blessant un passant.

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– Des attentats qui demandent peu de préparation et qui coûtent toujours moins cher, une ceinture à explosifs et deux, trois kalachnikovs suffisants parfois, c'est inquiétant?

– Effectivement, en terme d'armement, quelques milliers d'euros peuvent suffire, ainsi qu'un bon soutien, pour perpétrer un attentat. C'est ce qui rend la surveillance difficile. 

– Doit-on considérer ces attentats comme une réaction directe à l'arrestation de Salah Abdeslam, alors que deux de ses comparses sont encore recherchés?

– C'est une piste, mais il est encore trop tôt pour le dire. L'enquête judiciaire concernant la cellule terroriste de Verviers, démantelée en janvier 2015, vient de se terminer et le juge d'instruction a transmis le dossier au parquet fédéral belge. Mais, fin janvier, la 12e chambre de la cour d'appel de Bruxelles a décidé de reporter le procès en raison de mesures de sécurités insuffisantes. Un des dossiers concerne un prédicateur musulman qu'avaient fréquenté notamment Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh, impliqués dans les attentats de Paris du 13 novembre 2015. Il peut y avoir un lien. Je ne pense par contre pas que Bruxelles ait été visée comme capitale de l'Union européenne.

– Doit-on craindre une nouvelle vague d'attentats au cœur de l'Europe? 

– Ils peuvent survenir n'importe où et n'importe quand. Nous sommes confrontés à une énième déclinaison de ce qui se passe en Europe depuis bientôt deux ans. La menace n'était pas sous-estimée. Les Belges s'y attendaient, mais la nature même des attentats, la simplicité de leur planification, démontre clairement qu'on ne peut pas tout contrôler. Réhausser le niveau d'alerte à l'aéroport de Bruxelles après les récentes arrestations liées à l'Etat islamique n'aurait pas forcément empêché ces attentats. Idem pour la Suisse. La Confédération et les cantons prennent la menace terroriste au sérieux. Ce qui doit être fait est fait. Le reste est plutôt de l'ordre des déclarations politiques pour rassurer la population.


 A propos des attentats de Bruxelles:

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