Attentats

Ces trois tueurs islamistes qui sont le cauchemar de la Belgique

L’identification des trois principaux suspects des attentats de mardi aura pris moins de 24 heures à Bruxelles. Les frères Khalid et Brahim El Bakraoui seraient morts en kamikazes. Najim Lachraoui est toujours en fuite

Ils avaient assuré une partie de la logistique des attentats parisiens du 13 novembre. Ils connaissaient Salah Abdeslam, arrêté vendredi. Ils avaient tous les trois un passé de criminels et de djihadistes endurcis. La Belgique a découvert ce mercredi matin l’identité de trois des auteurs présumés des attentats qui ont coûté la vie à 34 personnes à l’aéroport de Bruxelles et à la station de métro Malbeek. Khalid et Brahim El Bakraoui seraient morts. Après une fausse annonce concernant son interpellation, Najim Laachraoui serait donc toujours en fuite. Sur ces trois suspects, l’enquête dira sans doute bientôt s’ils étaient isolés, et s’ils sont, ou non, les ultimes maillons du réseau terroriste le plus meurtrier de l’histoire du pays.

■ Ce que l’on sait des trois hommes identifiés par la police belge

Le cas le plus intéressant, est celui de Najim Laachraoui, 24 ans, supposé être l’homme au chapeau identifié sur une vidéo de l’aéroport. Connu pour avoir utilisé de faux documents d’identité au nom de Soufiane Kayal cet individu sur lequel planait jusque-là un mystère – certaines sources le présentaient comme un tueur «importé» venu avec le flot de migrants, car il avait été contrôlé en Hongrie cet été, en compagnie de Salah Abdeslam – serait en fait un citoyen belge parti en Syrie en février 2013, membre repéré de longue date d’une filière djihadiste. Il était recherché depuis le 4 décembre suite à la découverte de son ADN sur du matériel explosif utilisé lors des attentats du 13 novembre à Paris. Cela pourrait faire de lui «l’artificier» des commandos dirigés par Abdelhamid Abaaoud.

Point intéressant: Laachraoui a longtemps résidé à Schaerbeek, une autre commune de Bruxelles à forte densité de population musulmane. Il faisait en outre, selon la presse belge, l’objet d’un mandat d’arrêt international depuis mars 2014. La filière «Molenbeek-Schaerbeek», reliée à des commanditaires de l’Etat islamique basés en Syrie, semble donc être une réalité.

Les deux frères Bakraoui, âgés de 27 et 30 ans, dont la nationalité belge est établie, étaient aussi connus des services de police belges comme délinquants et trafiquants endurcis. Le premier, Khalid, serait mort en kamikaze dans le métro. Le second, Brahim se serait fait exploser dans le hall de l’aéroport de Bruxelles-National. Tous deux auraient séjourné, peut-être aux côtés de Salah Abdeslam, dans l’appartement sans eau ni électricité qu’ils avaient louée à Forest, dont la perquisition le 15 mars par la police a tout déclenché. Ils auraient aussi eu des contacts à Charleroi, cette ville du sud de la Belgique longtemps considéré comme une plate-forme de multiples trafics (drogue, armes) au niveau européen.

Là encore, la Belgique se retrouve face à une réalité dure à accepter: l’un d’entre eux, Brahim, avait été condamné en octobre 2010 à neuf ans de prison pour avoir tiré sur des policiers. Que s’est-il passé pour qu’il soit libéré avant l’issue de sa peine? Comment a-t-il pu déjouer la surveillance des forces de sécurité? Khalid, lui, avait été condamné pour différents délits à 5 ans de prison. Les questions posées à la justice belge promettent d’être douloureuses.

■ Une fois encore, une fratrie est au cœur de la terreur

Le cauchemar terroriste de la Belgique prend la forme de deux fratries terroristes. D’un côté, la paire de tueurs composée de Brahim et Salah Abdeslam, l’un mort en kamikaze au Comptoir Voltaire le 13 novembre à Paris, l’autre devenu le fugitif le plus recherché d’Europe jusqu’à son arrestation vendredi à Molenbeek. De l’autre, les deux frères Bakraoui, criminels endurcis que leur parcours aurait dû faire figurer en tête de liste des suspects depuis le début. On pense également aux deux frères Chérif et Saïd Kouachi, responsables de la tuerie de Charlie Hebdo et tués ensemble par les forces de police française lors de l’assaut de leur ultime refuge, une imprimerie à Dammartin en Goële (Seine et Marne), le 9 janvier 2015.

Les experts psychiatres vont bien sûr se pencher sur ce phénomène. On voit déjà que dans chaque cas, un frère plus charismatique manipule le second, sans que personne au sein de la famille ne réussisse à briser cet engrenage fatal. La famille Abdeslam est un bon exemple: deux frères ainés, Yazid et Mohamed, se sont tout de suite désolidarisés de leurs cadets. Mohamed, toujours résident à Molenbeek, avait même appelé Salah à se rendre.

Cette question des fratries criminelles n’est évidemment pas spécifique à la Belgique. On se souvient des attentats de Boston, en avril 2013, commis par les deux frères Djokhar et Tamerlan Tsarnaiev: un fascinant et horrible parallèle. «Pour moi, l’appartenance à une fratrie est une des clés de l’explication du passage à l’acte de ces groupes terroristes» expliquait récemment au Parisien le pédopsychiatre réputé Marcel Ruffo. «Dans tous les cas, ce sont plus que des frères, ce sont ce que j’appelle des jumeaux barbares.»

■ Que peut-on attendre de la traque dans les prochaines heures?

Beaucoup d’éléments sont encore très flous sur l’organisation et les responsables des deux attentats qui ont frappé Bruxelles mardi. Les trois hommes cités plus haut sont ceux que la police a identifiés en premier, mais l’on sait que d’autres cibles sont toujours en fuite, tel Mohamed Abrini, lui aussi belge, vu le 9 novembre par une caméra de surveillance dans une station d’essence aux côtés de Salah Abdeslam, alors que les deux hommes descendaient vers Paris au volant de la Clio qui servit ensuite à acheminer les Kamikazes du stade de France.

Une question centrale est aussi de savoir si les attentats ont été déclenchés en représailles à l’arrestation d’Abdeslam, ou s’ils faisaient partie d’un plan prémédité que ce dernier n’a pas pu mettre à exécution avant son interpellation. On sait qu’en France, Abdelhamid Abaaoud, tué lors de l’assaut du 18 novembre 2015 à Saint Denis, prévoyait de s’en prendre au quartier d’affaires parisien de La Défense. On sait aussi que l’Etat islamique avait revendiqué, après le 13 novembre, un attentat dans le XVIIIème arrondissement qui n’a pas eu lieu. Bref, la reconstitution du puzzle continue, avec des pièces difficiles à évaluer, comme le rôle joué par Mohamed Belkaïd, tué à Forest le 15 mars.

La plus grande interrogation porte toutefois sur l’ampleur de ce réseau terroriste et sur sa capacité de malfaisance. A t-on affaire à l’ultime sursaut de terreur d’un groupe isolé, capable de se coordonner pour perpétrer les attentats de mardi, mais limité dans ses capacités et sans autres relais? Ou existe-il, en Belgique ou en France, d’autres cellules dormantes activables à distance par des commanditaires de l’Etat islamique, en Syrie et en Irak?

La plupart des experts notent depuis mardi que les attentats bruxellois étaient bien coordonnés, mais pas sophistiqués, ce qui accréditerait l’idée d’une ultime expédition meurtrière, menée par des tueurs isolés qui n’ont plus rien à perdre. Seul un ratissage policier de grande ampleur, à l’œuvre en Belgique comme en France (où près de 4000 perquisitions ont eu lieu depuis quatre mois), pourra permettre d’en savoir plus.


A propos des attentats de Bruxelles

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