Europe

L’UE constate son impuissance face au terrorisme

Tout un arsenal de mesures, à commencer par l’échange d’informations, existe pour assurer la sécurité. Mais les Etats rechignent à les mettre en œuvre. La Commission appelle à une réunion d’urgence ce jeudi

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, n’a pas fait un mea culpa, mais presque. «Si les Vingt-Huit Etats avaient mis en œuvre le Programme européen en matière de sécurité, ils n’en seraient pas là aujourd’hui», s’est-il indigné au lendemain des attentats terroristes qui ont fait 34 morts et plus de 200 blessés à Bruxelles. Lors d’un point de presse tenu après une rencontre avec le premier ministre français Manuel Valls, il a ajouté qu’il faut créer, en plus de l’Union économique et monétaire et l’union énergétique, une union pour la sécurité. «Les éléments constitutifs ont été adoptés par les Etats, a-t-il ajouté. Mais les Etats rechignent à les mettre en pratique.»

Après les attentats qui avaient frappé Charlie Hebdo et une épicerie casher à Paris début janvier 2015, les regards s’étaient tournés vers Bruxelles pour élaborer une riposte européenne contre le terrorisme. Tout en reconnaissant que la sécurité est l’affaire des différents Etats, la Commission avait présenté en avril un «Programme européen en matière de sécurité». Parmi les points forts: un meilleur partage des informations, un renforcement de la coopération entre les autorités policières, la protection des frontières extérieures de l’espace Schengen et la mise en place du système européen de dossiers passagers, plus connu sous son acronyme anglais Passenger Name record (PNR). Ces derniers mois, la Commission a ajouté la lutte contre le financement du terrorisme ainsi que la lutte contre le trafic d’armes à son agenda.

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«La réponse ne peut qu’être européenne»

Actualité oblige, lors de sa réunion hebdomadaire de mercredi, le collège de commissaires a dressé un bilan de la mise en œuvre du programme. C’est un commissaire européen dépité, Dimitris Avramopoulos chargé de l’Intérieur, qui l’a présenté à la presse. «Nous sommes en face d’un problème européen et la réponse ne peut qu’être européenne, a-t-il déclaré. Et pourtant, l’échange d’informations entre les Etats ne fonctionne pas. Tous les terroristes impliqués dans les attentats de Bruxelles étaient connus de la police belge. Mais ces derniers n’ont jamais été inquiétés lors de leur déplacement à l’étranger.»

«Le savoir, c’est le pouvoir», relève David Stans, expert belge en matière de renseignements et maître de conférences à l’université de Liège, pour expliquer la réticence des Etats à l’échange d’informations. Selon lui, des partages informels existent, mais ne fonctionnent qu’entre certains Etats. «La collaboration doit être institutionnalisée et la collecte d’informations standardisée afin que celle-ci soit utilisable sans difficulté», plaide-t-il. L’expert relève aussi que des Etats n’alimentent simplement pas le Système d’information de Schengen, ce qui est primordial à la sécurité de l’espace de libre circulation à l’intérieur de 26 pays.

Le commissaire Avramopoulos a aussi mis le doigt sur un autre dossier qui n’avance pas: la lutte contre le trafic d’armes. «Tout le monde sait que les kalachnikovs ont été achetés dans les Balkans et utilisés à Paris et à Bruxelles», a-t-il dit. Mais selon lui, face aux lobbys, des Etats veulent geler les propositions de la Commission.

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Une réunion d'urgence jeudi à Bruxelles

Autre dossier en panne: Le PNR bloqué au Parlement européen faute de majorité. Il concerne la livraison des noms des passagers d’avion avant l’atterrissage aux autorités nationales. Objectif: identifier les djihadistes européens lorsqu’ils reviennent après leur séjour en Syrie, Irak, Libye ou Yémen. Selon Gilles de Kerchove, le coordinateur européen de la lutte antiterroriste, quelque 3000 combattants européens seraient engagés dans le djihad. Lors d’une émission mercredi à la radio RTL, il a laissé entendre que l’Etat islamique qui est en perte de vitesse en Syrie, pourrait commettre d’autres attentats en Europe pour attirer des financements et des recrus.

La Commission ne désespère pas. Elle a décidé de convoquer une réunion d’urgence de ministres européens de l’Intérieur ce jeudi à Bruxelles. «Nous voulons presser les Etats à mettre en œuvre les décisions qu’ils ont eux-mêmes adoptées», a déclaré le commissaire Dimitris Avramopoulos mercredi. Selon l’expert en renseignements David Stans, l’UE devrait envisager des mesures contraignantes contre les Etats récalcitrants. «Il y va de notre sécurité», insiste-t-il.

Enfin, selon des informations et suite à l’attentat à l’aéroport de Bruxelles, l’UE étudierait le modèle du système de sécurité en place dans les aéroports russes ou encore israéliens. Interrogé à ce sujet, le commissaire Avramopoulos a déclaré que les Européens pourraient tirer des leçons de leur propre expérience. 

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