Brésil 

Dilma Rousseff lâchée par son vice-président

Le PMDB de Michel Temer devrait officialiser son retrait de la coalition gouvernementale de la présidente, visée par un impeachment. Il se verrait bien prendre sa place

Il a patiemment attendu son heure, dans l’ombre de la cheffe de l’Etat Dilma Rousseff (Parti des travailleurs, PT), dont il est le vice-président depuis son arrivée au pouvoir en 2011. A la tête de la principale formation de la coalition gouvernementale, le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), Michel Temer semble plus que jamais près de remplacer la locataire du palais présidentiel du Planalto, visée par une procédure de destitution.

Isolée, impopulaire, Dilma Rousseff fait les frais de la récession et d’un tentaculaire scandale de corruption chez Petrobras, le groupe pétrolier national. Appelé à lui succéder au cas où elle était destituée, Michel Temer joue un rôle ambigu. Officiellement, contre l’impeachment, mais officieusement à la manœuvre pour préparer «le jour d’après». Pour ses partisans, il est de son devoir de préparer une éventuelle transition. Le PT, en revanche, l’accuse de conspirer contre la présidente, sinon d’ourdir un «coup d’Etat». Son jeu trouble culmine avec la rupture annoncée de son parti, qui devait être officialisée mardi.

Le PMDB s’est donné jusqu’au 12 avril pour remettre les sept ministères ainsi que les 600 postes qu’il occupe dans l’administration fédérale. Proche du vice-président, le ministre du Tourisme, Henrique Eduardo Alves, a remis son tablier dès lundi soir. Michel Temer, lui, reste en fonction. Pour cet avocat constitutionnaliste de 75 ans, comme pour le PMDB, une destitution de Dilma Rousseff serait l’occasion ou jamais d’accéder à la tête du Brésil. Depuis le retour au suffrage universel, en 1989, le parti n’a jamais réussi à décrocher la présidence (il ne présente même plus de candidat). Mais le PMDB est invariablement de tous les gouvernements, quelle que soit leur couleur politique. Après avoir abrité l’opposition officielle sous la dictature (1964-1985), ce parti opportuniste ne s’embarrasse plus d’idéologie. Son vaste réseau clientéliste lui permet régulièrement de faire élire le plus grand bloc parlementaire. Nul ne peut donc prétendre gouverner le Brésil sans son soutien, qu’il monnaie cher.

La première fissure dans ce mariage de convenance est venue en août dernier. Une petite phrase assassine, qui ne pouvait être fortuite venant d’un homme connu pour sa prudence et sa discrétion. Face à la crise, «il faut quelqu’un qui soit capable de réunifier le pays», déclarait alors Michel Temer, sans même citer la présidente. Le routier de la politique, fils d’immigrés libanais, venait de «jeter Dilma aux lions», selon le mot d’un opposant.

Avec le déclenchement, en décembre, de la procédure d’impeachment, la rupture paraît consommée. Dans une lettre à Dilma Rousseff, Michel Temer lui reproche de l’avoir mis à l’écart, le reléguant à un rôle «décoratif». La missive au «ton pleurnicheur» lui a valu quelques railleries, mais l’opposition a bien reçu le message. Depuis, le vice-président enchaîne («sans vergogne», disent ses détracteurs) les réunions avec les opposants. Il serait même déjà en train de désigner ses ministres…

Consignées dans un document intitulé «Pont vers l’avenir», ses idées pour tirer l’économie de la crise ne seraient rien moins qu’un programme de gouvernement, une cure d’austérité vue d’un bon œil par le patronat, qui a également retiré son soutien à la présidente. Pour Dora Kremer, éditorialiste au journal Estado de São Paulo, le PMDB ne fait que rendre la monnaie de sa pièce à Dilma Rousseff, qui aurait traité ce parti avec dédain. D’autres voient plutôt dans cette rupture précipitée la crainte du parti d’être pris de vitesse par l’enquête sur l’affaire Petrobras. Tout comme le PT, le PMDB est en effet mis en cause dans ce scandale de détournements de fonds au profit de la coalition au pouvoir. Michel Temer lui-même est cité dans l’affaire.

Privée du soutien des 69 députés et des 18 sénateurs du PMDB, Dilma Rousseff peut-elle survivre à l’impeachment qui sera soumis prochainement à l’appréciation du Congrès? Difficilement. Le gouvernement craint désormais l’effondrement de sa coalition dans un effet domino.

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