Chine

Mystérieuse pétition contre Xi Jinping

Pékin recherche les auteurs d’un texte visant le président, publié sur un site chinois

Mystérieusement apparue sur un site chinois malgré la censure, une pétition anonyme au vitriol contre la politique du président Xi Jinping met la police dans tous ses états. Au moins deux journalistes en exil, l’un aux Etats-Unis, Wen Yunchao (alias Bei Feng) et l’autre en Allemagne, Chang Ping, ont déclaré ces derniers jours que des membres de leur famille en Chine avaient été interpellés par les autorités afin de les pousser à collaborer à l’enquête.

Signée de «membres loyaux du Parti communiste», la pétition demandait la démission du numéro un chinois, auquel les mystérieux auteurs reprochent une «concentration excessive du pouvoir». Ils dressent ensuite une liste très argumentée de griefs à l’encontre des méthodes de Xi Jinping – dont un culte grandissant de la personnalité. Cette lettre serait sans doute passée inaperçue si elle n’était apparue le 4 mars, sans doute à l’instigation d’un pirate informatique, sur le site d’information Watching (Wujie en chinois), un nouveau média de la galaxie «libérale» chinoise soumis, comme toute la presse, à un contrôle étroit de son contenu. Elle avait simultanément été mise en ligne sur des sites connus de la dissidence en exil, où ce genre de texte n’est pas rare, et envoyée à de nombreuses personnalités en exil.

Le raté de la censure a d’abord suscité moult railleries sur les réseaux sociaux chinois – sans compter qu’il intervenait la veille de l’ouverture d’une session parlementaire marquée justement par une fronde sur les excès du contrôle des médias. Puis, il a vite entraîné une réaction disproportionnée de l’appareil policier: outre le fait qu’une grande partie de la rédaction de Wujie est toujours détenue à ce stade, un blogueur chinois, Jia Jia, «disparaissait» à l’aéroport de Pékin le 15  mars. Il avait été le premier à prévenir le rédacteur en chef de Wujie de l’apparition à son insu de la lettre sur son site. Jia Jia, dont l’arrestation a provoqué un choc, a été libéré par la police vendredi dernier et ne s’est pas exprimé depuis.

A New York, Wen Yunchao, un célèbre blogueur de Canton et ancien journaliste en exil, a appris ce même jour que ses parents et son frère avaient été arrêtés le 22 mars. Ils sont toujours en détention, a-t-il confirmé au Monde lundi. «La police leur a dit savoir que je n’étais pas l’auteur de la pétition, mais que celui qui l’a écrite me l’aurait confiée pour que je la publie. Ils [les autorités] m’exempteront de toute responsabilité si je révèle l’identité de l’auteur», précise-t-il. Or, Wen Yunchao affirme n’avoir rien à voir avec la pétition, même s’il a été le premier à révéler sur Twitter sa mise en ligne sur le site Wujie. Et d’ajouter: «Je n’ai pas à reconnaître quelque chose que je n’ai pas fait.»

Machine policière susceptible

Depuis Bonn, le dissident Chang Ping, un ex-journaliste très connu qui a fui la Chine et écrit régulièrement pour la chaîne Deutsche Welle, s’est, lui aussi, alarmé de pressions sur sa famille en Chine. Deux frères et une sœur ont été arrêtés le 27 mars et servent depuis d’intermédiaires maladroits pour des requêtes très précises de la police concernant ses activités: «Ils ne semblent pas soupçonner que j’ai quoi que ce soit à voir avec la lettre», dit-il. Mais les policiers exigent qu’il cesse de «publier des articles et des commentaires critiquant le gouvernement chinois», et retire du site de la Deutsche Welle son article sur l’arrestation du blogueur Jia Jia.

Une requête qu’il a publiquement rejetée lundi 28 mars. «C’est comme si la police cherchait à se venger des dissidents qui les gênent le plus», estime une journaliste chinoise sous couvert d’anonymat. Ce nouvel excès de zèle qui vire à la mauvaise farce confirme la susceptibilité extrême de la machine policière chinoise, déjà empêtrée dans l’imbroglio de l’enlèvement d’éditeurs hongkongais critiques envers le chef de l’Etat. «Je pense que si les autorités en font tant, estime le dissident en exil Hu Ping, c’est que Xi Jinping est vraiment inquiet d’une résistance contre lui au sein du parti.»

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