Proche-Orient 

Polémique en Israël après l’exécution d’un Palestinien au sol

Un tribunal militaire a décidé de prolonger la détention d’un soldat qui avait abattu près de Hébron un agresseur qui ne présentait plus de danger

Le tribunal militaire de Kastina (ouest d’Israël) a siégé durant de longues heures mardi avant de décider de la prolongation jusqu’à jeudi de la détention d’El-Or Azarya. Jusqu’à présent, ce soldat n’avait jamais fait parler de lui, mais jeudi dernier, devant la colonie juive d’Hébron, il a assassiné de sang-froid Abdel Fatah al-Sharif, un Palestinien qui venait de poignarder un autre militaire israélien et avait été blessé durant son opération.

Au moment où il a été tué, le Palestinien gisait au sol et ne présentait plus aucun danger. Arrivé sur les lieux six minutes plus tard, El-Or Azarya a parlé avec deux colons avant de lui tirer dans la tête. A en croire certains des soldats interrogés dans le cadre de l’enquête la section investigations de la police militaire, il leur aurait déclaré «qu’un terroriste, ça doit mourir».

La scène a été filmée par une sympathisante de l’ONG israélienne de défense des droits de l’homme B’Tselem, qui s’est empressée de la diffuser sur les sur les réseaux sociaux. Cette vidéo d’une durée de deux minutes trente a ensuite été diffusée en boucle par les grands réseaux satellitaires arabes et par les médias de l’Etat hébreu.

Six mois après le déclenchement de l’«Intifada des couteaux», cette affaire révèle de manière crue ce qui se passe régulièrement sur le terrain. Surtout à Hébron où le niveau de violence est le plus élevé.

Depuis sa diffusion de la vidéo, la polémique bat son plein dans la région. Surtout en Israël. Car si El-Or Azarya, le quatrième enfant d’une famille franco-israélienne défavorisée de Ramleh (une ville mixte judéo-arabe située à vingt minutes en voiture de Tel-Aviv) est incarcéré en l’attente de son procès, il bénéficie du soutien d’une majorité des ressortissants de l’Etat hébreu. En effet, selon un sondage diffusé lundi soir par la deuxième chaîne de télévision, 57% d’entre eux s’opposent autant à son arrestation qu’à son inculpation pour meurtre. En outre, une pétition sur Facebook affirmant qu’il a eu raison de tuer l’agresseur palestinien «parce qu’il avait peut-être une ceinture explosive sur lui» (ce qui n’était pas le cas et avait d’ailleurs déjà été vérifié) a recueilli plus de 50 000 like en vingt-quatre heures.

Le fer de lance de la défense médiatique d’El-Or Azarya est assuré par le mouvement d’ultra-droite Kach, qui organise quotidiennement des manifestations exigeant la libération immédiate d’un «héros d’Israël». Dans la foulée, les extrémistes réclament la démission du chef de l’état-major de l‘armée, Gaby Eisenkot, ainsi que du ministre de la Défense, Moshé Yaalon (Likoud). Tous deux sont considérés comme des «traîtres» puisqu’ils veulent que le soldat soit jugé.

«Pas d’anarchie dans l’armée, assène Moshé Ayalon. Nous avons des consignes précises en matière d’ouverture de feu et il faut les respecter si nous ne voulons pas perdre notre sens moral.» Lundi, le ministre, qui passe pourtant pour un faucon, a été chahuté à la Knesset où de nombreux députés – y compris ceux de son parti – l’ont accusé de «laisser tomber nos petits gars qui combattent le terrorisme en cette période d’Intifada».

L’ambiance n’est pas meilleure au sein du gouvernement où Moshé Yaalon est également critiqué par ses collègues. Surtout ceux du parti de colons Foyer juif (extrême droite) qui tentent de le pousser à la démission afin de permettre à leur leader Naftali Benett de lui succéder.

«Au-delà du dossier judiciaire en cours, l’affaire d’Hébron a déclenché une série d’âpres règlements de comptes politiques risquant de déboucher sur une crise politique majeure, voire sur une chute du gouvernement», analyse le chroniqueur politique Hanan Krystal.

Conscient du danger, le premier ministre Benyamin Netanyahou semble désemparé. Dans un premier temps, il a semblé soutenir son ministre de la Défense ainsi que le chef de l’état-major, mais il évite désormais de prendre position en public. En fait, il a fait machine arrière. Parce que le mouvement populaire en faveur de l’assassin enfle d’heure en heure et qu’il ne veut pas mécontenter ceux qui constituent la base de son électorat.

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