Genève internationale

La conférence sur la répartition des réfugiés syriens boudée par les Européens

Rares sont les ministres qui feront le déplacement ce mercredi à Genève pour soulager le Liban, la Jordanie ou la Turquie du fardeau des réfugiés syriens. Le HCR réclame près d’un demi-million de places d’accueil dans des pays tiers

Cela devait être une conférence importante pour soulager les pays voisins de la Syrie qui ploient sous le poids des réfugiés. Depuis le début de la guerre en 2011, le Liban a accueilli un million de Syriens, soit un habitant sur cinq. La Turquie deux millions, ce qui en fait le pays qui abrite le plus de réfugiés au monde. La Jordanie plus d’un demi-million. Mais la conférence convoquée aujourd’hui à Genève par le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) risque d’être une nouvelle occasion manquée.

«Il faudra que les Etats viennent avec des engagements concrets pour offrir des places d’accueil aux réfugiés syriens», avait pourtant prévenu le patron du HCR, Filippo Grandi, en prenant ses fonctions en début d’année. L’Italien visait particulièrement les pays les plus riches de la planète. Réunis à Londres début février, ils avaient promis 10 milliards de dollars d’aide humanitaire pour les Syriens jusqu’en 2020. Mais ils sont beaucoup plus réticents à offrir des places d’accueil.

Lire aussi: «Une conférence internationale pour trouver des places d’accueil aux Syriens» (7 janvier 2016)

A peine une dizaine de ministres ont annoncé leur venue à Genève. Rares seront les pays européens à être représentés au niveau ministériel. Seuls les ministres italien, suédois, norvégien ou portugais seront présents.

Alors même que la conférence se tient en Suisse, le ministre des Affaires étrangères Didier Burkhalter brillera par son absence. La Suisse sera représentée par le secrétaire d’Etat aux migrations Mario Gattiker. Le HCR tente de faire contre mauvaise fortune bon cœur. «Quelque 91 pays ont annoncé leur participation. Je n’appelle pas cela un résultat décevant», tempère Adrian Edwards, l’un des porte-parole de l’organisation onusienne.

Ces derniers jours, le HCR n’a pas mâché ses mots pour dénoncer l’accord conclu entre la Turquie et l’Union européenne, visant à renvoyer vers la Turquie tous les migrants débarquant sur les îles grecques. L’une des raisons de ce boycott qui ne dit pas son nom? Les missions diplomatiques que nous avons contactées invoquent des questions d’agenda. Bruxelles a aussi toutes les peines du monde à faire appliquer par les Etats membres un plan de relocalisation européen visant à soulager la Grèce et l’Italie.

Attentes revues à la baisse

En annonçant la tenue de la conférence de mercredi, Filippo Grandi avait refusé d’articuler un objectif chiffré en termes de places d’accueil. «Ce serait fixer une limite pour le succès ou l’échec d’une telle conférence qui est une première», avait-il dit, soulignant qu’il s’agissait du début d’un processus. Hier, le HCR a encore revu ses attentes à la baisse. «Quelques engagements devraient être annoncés», selon Adrian Edwards.

Concrètement, le HCR réclame la réinstallation dans des pays tiers de 450 000 Syriens d’ici à la fin 2018. Ce chiffre représente 10% des 4,8 millions de réfugiés officiellement enregistrés dans la région. Ce pourcentage comprend les personnes les plus vulnérables. Il s’agit de malades ou de rescapés de la torture qui n’ont pas accès aux traitements dont ils auraient besoin, de femmes ou d’enfants seuls.

Depuis 2013, 130 000 places d’accueil ont été promises au HCR. L’Allemagne, qui a en plus accueilli plus d’un million de demandeurs d’asile l’an dernier, a été la plus active dans ce domaine, suivie du Canada et de l’Australie. Le HCR a également soumis 32 000 dossiers aux Etats-Unis, qui sont traditionnellement le pays le plus généreux en matière de réinstallation. Près de 16 000 autres places ont été offertes par d’autres pays, pour des étudiants ou via des programmes de regroupement familial. Quatre mille Syriens ont ainsi pu rejoindre des proches en Suisse.

Mais, selon l’ONG Oxfam, moins de la moitié des Syriens qui devaient être réinstallés dans un autre pays l’ont effectivement été. La conclusion n’est pas tendre: les pays riches n’ont réinstallé que 1,39% des réfugiés syriens.

Une question de volonté politique

«Aux Etats-Unis, il faut parfois deux ans entre l’annonce de la relocalisation et le transfert effectif», explique Joëlle Bassoul, la représentante d’Oxfam, à Beyrouth. «On parle de personnes qui luttent pour leur survie.» La lenteur des procédures n’est pas seule en cause. «C’est une question de volonté politique. Le Canada a accueilli 25 000 Syriens en quelques mois. Des bureaux spéciaux ont été mis en place dans les pays limitrophes pour remplir toutes les formalités et s’assurer qu’aucun terroriste ne se glisse parmi les réfugiés», continue-t-elle.

Lire aussi: «Quand l’Europe se barricade, le Canada organise un pont aérien pour les Syriens» (3 mars 2016)

Selon Oxfam, le Liban, la Jordanie ou la Turquie ont dépassé depuis longtemps leurs capacités d’accueil. «Lorsque les familles de réfugiés sont contraintes de marier leurs filles très jeunes ou de faire travailler leurs enfants, le point de rupture est atteint, dénonce Joëlle Bassoul, à moins que l’on n'attende que ces pays basculent dans la guerre civile.»

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