Etats-Unis

Hillary Clinton connaissait les risques d’une messagerie privée

En tant que secrétaire d’Etat, la démocrate avait dit recourir à un serveur privé pour des questions pratiques. Elle a passé outre les conseils sécuritaires de ses collaborateurs

Elle a beau avoir perdu les cinq derniers caucus face à son rival démocrate Bernie Sanders, Hillary Clinton apparaît en bonne position pour décrocher l’investiture démocrate. Face aux républicains Donald Trump ou Ted Cruz le 8 novembre prochain lors de la présidentielle américaine, les commentateurs sont presque unanimes: Hillary Clinton aurait de bonnes chances de se faire élire à la Maison-Blanche. Une affaire risque pourtant de la poursuivre au moins jusqu’à la fin des primaires: celle de sa messagerie privée utilisée quand elle dirigeait le Département d’Etat entre janvier 2009 et janvier 2013.

Les questions qu’elle pose sont d’autant plus dérangeantes que ce n’est pas un dossier aussi anodin que l’intéressée semble le souligner: le Federal Bureau of Investigation a mis pas moins de 147 agents pour enquêter sur le coup.

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Une requête précise de l’ancienne secrétaire d’Etat

Une vaste enquête du Washington Post révèle que l’ex-secrétaire d’Etat était loin d’ignorer les problèmes sécuritaires liés à l’utilisation exclusive d’une messagerie privée, qui plus est connectée à un serveur privé dans le sous-sol de sa demeure de Chappaqua, dans l’Etat de New York. Le 17 février 2009, soit moins d’un mois après que la cheffe de la diplomatie avait pris ses fonctions à Foggy Bottom, des experts de la sécurité, des renseignements et de la technologie du Département d’Etat ainsi que des responsables de l’Agence nationale de sécurité se réunirent pour aborder le souhait d’Hillary Clinton de se passer d’une adresse e-mail de l’administration. Ils ont tous expliqué à Cheryl Mills, la cheffe de cabinet d’Hillary Clinton, les risques posés par la requête de la secrétaire d’Etat. Or celle-ci expliquait lors d’une conférence de presse mémorable en mars 2015 à l’ONU qu’elle n’avait choisi de recourir à une messagerie privée que pour des questions pratiques.

L’avertissement n’avait pas eu d’effet. Cheryl Mills et Huma Abedin, une proche conseillère de la démocrate, bientôt interrogées par le FBI, ont tout fait pour répondre au souhait d’Hillary Clinton. Elles ont tout d’abord demandé aux experts de la sécurité si elle pouvait avoir un BlackBerry crypté comme Barack Obama. En vain, trop compliqué et trop cher. Les experts proposèrent d’installer un ordinateur indépendant dans le bureau de la secrétaire d’Etat afin qu’elle puisse lire ses courriels personnels. Rien n’y fait. Hillary Clinton a continué à utiliser son appareil privé pour toutes les communications professionnelles.

Au sein de l’équipe informatique, on est de plus en plus nerveux face aux caprices de leur cheffe. On craint des actes de piratage. En mars 2009, le secrétaire d’Etat adjoint pour la sécurité diplomatique Eric Boswell écrit une note catégorique: «Nous pensons que les vulnérabilités et risques associés à l’utilisation de BlackBerry […] importent bien plus que le confort que celle-ci peut apporter.» Hillary Clinton répond: «Je comprends.» Mais elle passe outre la recommandation. Au cours des deux premiers mois, ses communications ne bénéficient même pas du cryptage minimal. Certains courriels mélangent aspects privés et publics, notamment un message concernant la nécessité pour le Département d’Etat et la fondation Bill Clinton d’apporter de l’aide à Haïti.

Une erreur de jugement admise par Hillary Clinton

Au Département d’Etat, plusieurs responsables en conviennent: Hillary Clinton n’a pas prêté suffisamment d’attention aux règlements relatifs au matériel classifié et à la conservation des archives gouvernementales. A propos de ce dernier point, l’usage exclusif d’un serveur privé a eu pour effet de se soustraire à l’obligation de tenir en permanence des archives sur les communications professionnelles. Une action contraire à l’obligation de transparence prévue par la loi sur la liberté d’information. Un document intitulé «Bulletin 2008-05» et publié en janvier 2009 par la National Archives and Records Administration était pourtant explicite. Hillary Clinton n’a remis quelque 30 000 pages d’e-mails qu’après une demande formelle du Département d’Etat et après les révélations publiées à ce sujet par le New York Times.

Hillary Clinton a souvent laissé entendre qu’elle agissait comme d’autres secrétaires d’Etat avant elle. S’il est vrai que Colin Powell (2001-2005) avait un compte de messagerie privé, il n’a pratiquement utilisé que la messagerie de l’administration pour ses communications classifiées.

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L’affaire est embarrassante. Hillary Clinton a reconnu une erreur de jugement. Les spécialistes du droit jugent néanmoins improbable que la candidate démocrate soit inculpée. Ils relèvent que le général David Petraeus n’a écopé que d’une condamnation mineure pour avoir transmis à sa maîtresse des documents hautement classifiés…

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