Emploi

Facebook recrute en Suisse

Le Lausannois Alok Menghrajani est venu de Californie chercher des ingénieurs en informatique pour Facebook. L’occasion de découvrir le fonctionnement en interne du réseau social, qui revendique un milliard d’utilisateurs. Entretien

On ne connaît que Mark Zuckerberg. Mais Facebook compte près de 4000 employés et recrute chaque année un grand nombre d’informaticiens, notamment en Suisse. Alok Menghrajani, 31 ans, diplômé de l’EPFL, y travaille depuis 2008. Après un passage à l’Application Security Forum, une conférence dédiée à la sécurité informatique, il se rendra à l’Université de la Suisse italienne à Lugano le 20 novembre et à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) les 22 et 23 novembre.

Le Temps: Facebook est basé à Menlo Park, en Californie. Pourquoi venez-vous recruter en Suisse?

Alok Menghrajani: La Californie compte neuf bonnes universités, mais cela ne suffit pas. On recrute partout dans le monde pour avoir des compétences qui se complètent. En Russie, la formation est très poussée en maths. Au Canada, ils sont très forts dans la pratique. Nous avons beaucoup de recrues d’origine chinoise, indienne, francaise, etc. La marge de manœuvre est limitée par les visas américains, mais Facebook vient d’ouvrir des bureaux à Londres, ce qui simplifie ce problème de visas.

– Quel type de compétences trouve-t-on à l’EPFL?

– L’EPFL met l’accent sur la théorie et les maths. Ils sont parmi les meilleurs au monde dans plusieurs domaines. Tout le monde en a entendu parler. Cela se voyait aux récentes conférences sur la sécurité informatique: certains anciens de l’EPFL ont fait des exposés incroyables.

– Quel profil faut-il avoir pour travailler chez Facebook?

– Récemment, la plupart des nouveaux engagés avaient déjà fait des stages chez Microsoft, Google, Yahoo, Apple. On cherche aussi des étudiants qui ont contribué à des projets open source (logiciels libres comme Firefox ou Open Office, ndlr). On préfère un étudiant qui est proche de la fin de ses études, mais il n’est jamais trop tôt pour postuler: on a engagé un étudiant de 21 ans.

– Comment se passe le recrutement?

– Il y a une à trois pré-interviews. Ces entretiens ont lieu par téléphone, par Skype ou à un campus universitaire. Ils sont très techniques: on demande aux candidats de coder. Mais ce sont les idées, plus qu’un code correct, qui sont importantes. Ensuite, si tout se déroule bien, le candidat se rend en Californie ou à Londres et passe encore au moins quatre entretiens dans les locaux de Facebook, groupés si possible en une demi-journée, chacun focalisé sur un aspect technique différent. L’ensemble du processus est très rapide et les étudiants reçoivent normalement la réponse dans les une à deux semaines.

– Vos premiers contacts avec Facebook?

Dans mon cas, un ami qui travaille chez Facebook m’a recommandé en 2007. J’ai résolu des puzzles (ndlr: des énigmes informatiques qu’on peut résoudre sur facebook.com/careers/) et j’ai rejoint l’équipe en 2008.

– Pour un jeune, quel est l’attrait de travailler chez Facebook? Et combien gagne-t-on?

– On est une boîte qui a un milliard d’utilisateurs. Des problèmes traditionnellement faciles deviennent difficiles à résoudre. On a un slogan: «This journey is 1% finished», ce voyage n’est accompli qu’à 1%…

Le salaire est compétitif et, comme dans toutes les start-up aux Etats-Unis, on reçoit des actions, ce qui est une inconnue pendant 4 à 6 ans mais représente un joli bonus en remerciement du travail fourni quand l’entreprise entre en bourse. Le fait d’avoir des parts de l’entreprise fidélise les employés.

– Le film The Social Network met en scène des habitudes de travail très décontractées, «californiennes». Est-ce la réalité?

Les trois repas sont offerts, on a un service de pressing ou de nettoyage de voiture sur le site, le vélo ou l’abonnement de train est offert, on peut faire sur place du fitness, du foot, du billard, du ping-pong… Chaque équipe a un budget pour faire jusqu’à 4 sorties par année!

L’horaire de travail est libre. C’est à double tranchant: les employés travaillent plus qu’en Suisse. Mais c’est une culture plus qu’une contrainte. On est passionné par ce qu’on fait, comme on le serait pour de l’open source, et il y a une solidarité pour travailler dur.

La hiérarchie est très horizontale. On peut déranger tout ingénieur, quel que soit son pedigree, l’interrompre dans son travail pour lui proposer de boire un café ou de déjeuner, il dira tout de suite «oui».

– Même avec Mark Zuckerberg?

– C’est plus difficile, mais chaque vendredi, il y a une session «Questions et réponses»: dans une grande salle, chaque employé peut lui poser la question qu’il souhaite.

– Des utilisateurs craignent que les employés de Facebook ne lisent leurs messages privés… quelle garantie a-t-on que ça ne se produit pas?

Par défaut, un employé n’a pas accès à la messagerie des autres usagers. Si j’ai besoin de cet accès, je fais une demande, qui est contrôlée. En cas d’abus, l’employé est renvoyé.

Toute personne qui va au siège de Facebook doit signer un «NDA» (non-disclosure agreement, accord de non-divulgation). Les employés s’engagent en plus à ne pas abuser de leurs droits en signant un document.

– Facebook offre beaucoup d’informations intéressantes pour les pirates. Comment peut-on parer ce danger?

– Une attaque très fréquente, c’est l’«arnaque 419», du nom du code de loi qui s’applique au Nigeria: le compte d’un ami se fait pirater pour une raison ou une autre (virus, oubli de se déconnecter d’un cybercafé) et le pirate envoie des messages qui disent «Je suis coincé à Londres, on m’a piqué mon portefeuille, peux-tu m’envoyer 5000 dollars par Western Union»? Ce n’est pas une conséquence de Facebook: cette arnaque existait déjà avec les télex dans les années 80, puis la téléphonie et les e-mails.

Dans ce cas-là, il faut toujours chercher à vérifier l’identité de l’ami, en appelant ou en demandant une information: «Dans quel lycée as-tu étudié?» L’information est peut-être disponible sur le compte Facebook lui-même, mais ces attaques sont le plus automatisées possible et l’attaquant laissera tomber si la personne en face insiste.

Dans son compte Facebook, je recommande d’activer la navigation sécurisée et les approbations de connexion (dans «Paramètres du compte/Sécurité»).

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