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Les protestants de France, l’homosexualité et le massacre de la Saint-Barthélemy

Les réformés français béniront les couples homosexuels: «La Manif pour tous va organiser une nouvelle Saint-Barthélemy!!!» s’exclame un internaute. Tandis que de nombreux autres se disent fiers d’être protestants. Et que les adversaires crient à la fin de la civilisation

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Les protestants français décoiffent le Web

Les réformés de France béniront les couples homosexuels: «La Manif pour tous va organiser une nouvelle Saint-Barthélemy!!!»

Ce n’est pas tous les jours qu’une église protestante squatte les podiums des réseaux et les classements d’audience, met le feu et se paie le luxe d’articles les plus partagés. C’est ce que vient pourtant d’accomplir le canal historique des réformés, l’Eglise protestante unie de France, qui a adopté à une majorité de 94 délégués sur 105 la possibilité de bénir les unions homosexuelles.

Les réseaux répercutent, nombre d’internautes exultent: «Génial», s’exclame Emilie Adémi sur Facebook, dans un commentaire sur la page du Huffington Post . «Fier d’être protestant», poursuit un autre; «Bravo! Enfin», canonne une troisième. Et ainsi de suite, à l’avenant.

Au pays de la manif contre le mariage pour tous, des neuvaines expiatoires pour les péchés par les sodomites commis, on s’en doute, le camp opposé réplique: «Quelle honte!!!!!», «Quelle tristesse!» ou, en plus élaboré, «Quand ce qui est marginal devient la norme. C’est un grave symptôme de décadence…»

Même musique, même mélodie principale, même contrepoint sur les pages Facebook de L’Express ou de L’Obs. Mais, au-delà des oppositions bloc à bloc, qui ne sont, en soi, pas nouvelles, trois choses frappent.

La première, c’est l’ampleur du nombre de commentaires, où que l’on se tourne sur les réseaux ou sur les sites des journaux. Preuve que l’intégration pleine et complète des homosexuels dans les institutions demeure un marqueur sociétal fort, souvent clivant et loin d’être si facilement acquis.

Dans la perspective d’une montée généralisée de l’islam en Europe et de son livre fondateur, le Coran, la deuxième chose qui frappe, c’est le nombre de commentaires qui tournent autour de l’interprétation littérale – ou non – des écritures chrétiennes. En matière d’homosexualité, l’enjeu est cardinal et les discussions impitoyables: «Relisez votre Bible…! Je suis protestante, justement, et j’accepte sans souci les homos; par contre, je regrette mais c’est bien écrit dans la Bible que leur union ne peut être acceptée par Dieu», argumente ainsi Vanessa Felix. Ce que l’on retiendra surtout, c’est ce vent toujours plus puissant en faveur d’interprétations littérales des livres saints… Après des siècles de scepticisme et d’interprétations contextuelles… Quel ironique et inquiétant retour du refoulé!

Le troisième sujet d’étonnement dans ce flot de commentaires, c’est de voir combien la fierté sociologique de se dire protestant se porte allègrement online. Ainsi, ce cri lu dans les commentaires du Monde: «Enfin, on parle de l’Eglise protestante tellement ignorée des médias en France et qui donne un exemple de tolérance, d’intelligence et d’ouverture. De l’air et un peu de sérénité et de paix sont les bienvenus dans ce monde actuel coincé, étriqué, où le repli sur soi conduit à l’intolérance et à la violence.»

Tandis que sur Facebook, Yveline Defour confesse: «Je suis une petite partie de cette Eglise protestante, et heureuse de l’être, très heureuse et fière de cette décision mûrement réfléchie par ceux qui l’ont prise, portée aussi par de nombreux échanges internes, partout en France.»

Une fierté doublée parfois d’un rappel cuisant: celle de la blessure infligée aux protestants de France par la confession majoritaire lors du massacre de la Saint-Barthélemy. Sur le ton de la plaisanterie, Jean-Philippe Coirault dégoupille: «La Manif pour tous va organiser une nouvelle Saint-Barthélemy!!!» Sylvain Duret poursuit: «Vers une guerre Protestants de France vs Manif pour tous?»

Sur le fil du Monde , Andreas clôt la marche: «Souvent je fais ce cauchemar où une énorme foule intolérante, la bave aux lèvres, des yeux injectés de colère et de rejet, brandit des livres vieux de plus de mille ans pour empêcher les autres de vivre comme ils le souhaitent, alors que la vie des autres ne les implique pas eux-mêmes… Eh bien zut, ce n’est pas un cauchemar!»

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