éditorial

Secret bancaire: le coup de Trafalgar

Encore une fois, les fautes d’UBS obligent le pays à changer d’époque

Encore une fois, les fautes d’UBS obligent le pays à changer d’époque. Après avoir financé son sauvetage l’automne dernier, voici que les autorités sacrifient au nom de sa survie un secret bancaire dont Kaspar Villiger disait qu’il n’était pas négociable, et que le président de l’Association suisse des banquiers présentait en 2004 comme «bétonné» pour quinze ans.

Gageons que tout ira désormais très vite. Cette crise à rebonds est trop brutale pour s’embarrasser de finesses juridiques. Et puisque la Suisse est prête à les piétiner elle-même, en violant ses propres lois, on voit mal que ses partenaires se gênent.

Juste avant le rebondissement judiciaire de jeudi soir, la réplique du séisme avait déjà surgi à Bruxelles: l’Union européenne réclame à l’avenir un traitement identique à celui consenti aux Américains. Les pressions étaient fortes, elles vont devenir écrasantes. Les déclarations de Nicolas Sarkozy ou d’Angela Merkel, ces dernières semaines, ont bien montré les limites des amitiés traditionnelles: c’est au pur rapport de force que les cartes vont être rebattues. Et la Suisse vient d’admettre la faiblesse de sa position.

Ce coup de Trafalgar ne tuera peut-être pas le principe du secret bancaire, mais il risque de balayer la distinction que la Suisse entretient entre fraude et évasion fiscale. Pour conserver le premier, indispensable à la notoriété de la place financière, il s’agira sans doute de sacrifier la seconde.

Cette concession sonnerait le glas de la gestion de fortune transfrontalière et non déclarée, et ouvrirait un nouveau chapitre dans l’histoire de la place financière helvétique.

Quant à la leçon politique, elle est hélas trop évidente. La Suisse mesure combien il lui coûte de n’avoir pas anticipé les réformes que les autres vont exiger d’elle, en lui mettant le couteau sous la gorge. Elle aura beau réclamer de ses accusateurs qu’ils appliquent les mêmes changements dans leurs propres havres fiscaux: la pertinence de l’argument n’en garantira pas l’efficacité. Par tempête, l’isolement se paie comptant…

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