éditorial

Terriblement aveugles

En théorie, rien ne ressemble plus à une mère kosovare qui cherche son fils disparu aux mains des Serbes qu’une mère serbe cherchant son fils disparu aux mains de l’UÇK

En réalité, la justice internationale a, depuis une décennie, documenté avec beaucoup plus de précision les crimes serbes que les crimes albanais. Les horreurs du régime Milosevic sont bien sûr plus massives et – détail sordide – plus méthodiques. Dans le charnier de Batajnica, près de Belgrade, 707 cadavres albanais étaient enfouis en couches serrées alors que les corps serbes, au Kosovo, étaient découverts l’un après l’autre, dans les taillis, dans les puits.

Mais il y a aussi les raisons politiques. L’UÇK était du bon côté, celui des libérateurs de l’OTAN. Il a donc fourni au Kosovo ses dirigeants d’après-guerre, que l’Occident n’a pas voulu déstabiliser par des enquêtes accablantes. La Suisse, qui a été l’une des premières à reconnaître l’indépendance du Kosovo, a suivi – voire inspiré – ce mouvement de quasi-absolution des crimes albanais, malgré «sa» procureure à La Haye, Carla Del Ponte, et «son» enquêteur, Dick Marty. Quel aveuglement terrible! Comment un pays d’habitude si prudent et si attentif aux droits humains a-t-il pu se montrer si partial? La Suisse porte aujourd’hui une lourde responsabilité, sans doute plus que d’autres en raison de ses liens avec l’UÇK. Car le rapport Marty démontre que le premier ministre kosovar, Hashim Thaçi, ancien étudiant à Zurich et vainqueur dimanche des élections législatives à Pristina, a dirigé durant la guerre un clan mafieux ayant trafiqué des armes, de la drogue et des organes humains.

Ainsi, parmi les milliers de victimes serbes au Kosovo, plusieurs centaines ont été exécutées dans le seul but de récupérer leurs reins: un commerce immonde aux ordres de Hashim Thaçi. Notre ministre des Affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey, pourra-t-elle encore lui serrer la main comme elle l’a fait en mars 2008 lors de l’inauguration de l’ambassade suisse à Pristina?

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