éditorial

L’alchimie Merkozy

La chancelière allemande et le président français sont dos au mur. Ensemble, ils doivent surmonter leurs divergences pour penser l’intérêt communautaire et dégager les solutions capables de rassurer les marchés et de maîtriser la crise de la dette dans la zone euro

La formule fait sourire. A Bruxelles, le duo formé par la chancelière allemande et le président français se résume à un surnom: «Merkozy». Une union de syllabes bien éloignée de la réalité, tant diffèrent les tempéraments et les visions européennes d’Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy.

Normal entre deux pays aux cultures économique et politique si différentes? Habituel, entre les deux capitales clefs de la construction européenne qui, dans le passé, se sont souvent opposées pour, au final, choisir d’avancer ensemble? «Oui», répondent les vétérans, habitués à voir l’UE progresser au fil des crises.

Et pourtant: la méfiance demeure, tant au sein des autres pays membres que de la Commission, envers les deux dirigeants plus contraints que désireux d’avancer ensemble. Avec une liste de griefs connus: hyper-prudence et volonté parfois quasi religieuse de faire expier leurs fautes passées aux pays et aux banquiers fautifs côté Merkel, précipitation obsessionnelle et fiabilité politique discutable côté Sarkozy. Plus le poids des chiffres, témoignage des sacrifices allemands et de l’indolence française.

Instaurer la confiance, sans cette alchimie mutuelle qui fit le miracle des années Kohl-Mitterrand, est depuis le début de la crise le vrai défi. Lequel a pour l’heure été surtout relevé grâce au diagnostic commun: l’Allemagne comme la France ont tout autant besoin d’une zone euro en état de marche.

Le danger, dès lors, serait que Paris et Berlin ne suivent, pour parvenir péniblement à un accord, que leurs intérêts nationaux. Ou ne forgent, pour surmonter leurs divergences, un compromis taillé sur mesure pour leurs électorats. En affaiblissant au passage la méthode communautaire, et en attisant, dans les opinions, rancœurs ou indifférence.

Au sommet européen de dimanche, le tandem Merkozy ne devra pas seulement avoir surmonté ses divergences. Il devra aussi, par des engagements crédibles, un calendrier visible, une gouvernance renforcée et des mécanismes financiers simples à comprendre, persuader ses partenaires et les marchés que l’Union a retrouvé un pilote. En vue d’un atterrissage enfin bien négocié.

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