éditorial

Snowden, un pion dans le jeu de Poutine

Pour Edward Snowden, la justice a gagné. Il l’a dit sur le site de WikiLeaks après avoir obtenu l’asile provisoire de la part de Moscou

Pour Edward Snowden, la justice a gagné. Il l’a dit sur le site de WikiLeaks après avoir obtenu l’asile provisoire de la part de Moscou. Cette victoire lui a été octroyée par la Russie, un pays qui bafoue certains droits élémentaires de ses concitoyens, des opposants à Poutine allant jusqu’à parler d’un nouveau régime de terreur. C’est l’un des nombreux paradoxes de l’affaire «Snowden», l’ex-collaborateur de la CIA et du renseignement américain qui met au jour l’obsession de la première puissance mondiale à fliquer la planète entière.

Au contraire de la Chine, qui s’est prudemment débarrassée de ce trouble-fête pour ne pas compliquer davantage ses relations avec Washington, la Russie a donc choisi la confrontation. La justice américaine avait exigé à plusieurs reprises que l’informaticien de 30 ans, inculpé d’espionnage, lui soit livré malgré l’absence d’accord d’extradition entre les deux pays.

Cette décision, Moscou l’a mûrement réfléchie. Voilà cinq semaines que le fugitif «le plus recherché du monde» était réfugié dans la zone de transit de son aéroport international. Nul doute qu’une pesée d’intérêts a présidé à cette décision qui est de nature à crisper un peu plus les relations entre les deux grands ennemis de la Guerre froide. Après le «reset» de 2009, engagé par la première administration Obama et qui avait débouché sur un encourageant traité pour diminuer le nombre de missiles, les signaux sont partout au rouge depuis le retour de Poutine à la présidence. Plus question désormais de construire un «partenariat stratégique», comme l’évoquait Hillary Clinton du temps de Medvedev.

Les récentes propositions du président américain, depuis Berlin, en vue de diminuer l’arsenal nucléaire ont été aussitôt balayées. Une revue à la baisse du bouclier antimissile américain en Europe n’a pas davantage convaincu Moscou des meilleures intentions de Washington à son égard. La défiance anti-américaine, entretenue à des fins d’union nationale par le Kremlin, carbure de nouveau à plein. La Russie est loin d’être la seule responsable de cette dégradation. Mais, après le vote par le Congrès américain de la loi Magnitski permettant de sanctionner des ressortissants russes pour violation des droits de l’homme – mesure qui fait enrager le pouvoir depuis un an –, Poutine tenait en Snowden l’objet de sa revanche. C’est une excellente prise pour le renseignement russe. Et un pion fort utile dans le jeu du président.

Publicité