revue de presse

La vignette à 100 francs, «c’était brutal»

Le refus des citoyens suisses est net. La mobilité a certes un prix, mais il faut le manier avec prudence pour ne pas se mettre à dos le contribuable-automobiliste. Qui a voté avec son porte-monnaie

«Une vignette rouge vif pour Doris Leuthard», titre à la une ce lundi matin La Liberté, remarquant que «c’est la seule véritable surprise des votations fédérales du week-end, mais [qu’]elle est de taille». A trois contre deux, les citoyens suisses ont donc rejeté la hausse du prix du sésame autoroutier défendue par la cheffe du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC).

Cela «va lui coller aux doigts comme le sparadrap du capitaine Haddock». De toute manière, la conseillère fédérale «a déjà annoncé la douleur: 12 à 15 centimes de hausse de la taxe sur l’essence!». Dans ce cas, évidemment, «les régions les moins habitées du pays, donc les moins bien desservies en transports publics, seraient les plus sollicitées», conclut le journal fribourgeois. Plus généralement, «ce non tonitruant et massif des urnes ne dessine aucune solution concrète pour améliorer le réseau routier»: or, pour 24 heures et la Tribune de Genève, «le constat s’annonce implacable: il manque des milliards partout pour financer les projets de transports ces prochaines décennies».

«Le peuple sait compter»

D’ailleurs, L’Express et L’Impartial déplorent en leur fief «ce vote difficilement compréhensible», tant le canton «aurait gagné financièrement à cette adaptation. […] Un oui neuchâtelois aurait amélioré considérablement la position de nos autorités quand elles devront aller négocier à Berne le subventionnement des importants travaux routiers qui nous attendent.» Pendant que le peuple, lui, «sait faire ses comptes», résume le Corriere del Ticino.

Pour Le Quotidien jurassien aussi, la vignette «est restée inchangée depuis son entrée en vigueur en 1995. L’adapter était justifié. […] Mais une augmentation de 150% d’un coup, c’était brutal.» Il relève que «la mobilité a un prix», tout en ajoutant que «ce prix doit être manié avec prudence pour ne pas rebuter le contribuable-automobiliste»: «Le Parlement a fait une grosse erreur de ne pas retenir une augmentation plus modérée.» Tandis que «nous, pour la moitié du prix de la vignette suisse, on ne fait pas un aller-retour Grenoble-Lyon», s’amuse un internaute du Dauphiné libéré.

Il faudra bien payer…

Mais la presse en général estime cependant que cette défiance et le fait que «le lobby automobile jubile» – selon les termes du Tages-Anzeiger – ne changent rien au fait qu’il faudra bien payer le prix pour améliorer le réseau routier. La Basler Zeitung, elle, estime que «les automobilistes en ont assez d’être la vache à lait de la nation» et ne sont pas d’accord avec cette idée exprimée lors de la campagne que «60 francs de plus, qu’est-ce dans le porte-monnaie des Suisses?». Le «non» représente pour elle «une chance» de repenser le financement routier dans son ensemble.

La ministre des Transports a pris trop de risques en jouant au poker avec la vignette, juge pour sa part le Blick. Elle devra ainsi maintenant montrer la voie dans le partage des investissements entre la Confédération et les cantons pour les travaux qui sont nécessaires sur le réseau, en abandonnant cette «tactique» consistant à imposer une taxe trop lourde aux automobilistes, écrit la Neue Zürcher Zeitung. «Vignette, vinaigrette», résume un blog de L’Hebdo dans la même veine.

«A chaque plein», on paie

«Le citoyen ne veut pas d’impôt supplémentaire, renchérit Le Nouvelliste. L’automobiliste veut qu’on utilise pour la route l’argent qu’il verse déjà.» Car «aujourd’hui, à chaque plein», il «paie la route qu’il utilise, donne de l’argent au fisc et, en plus, apporte une généreuse contribution aux transports publics. On lui a proposé de payer un peu plus encore. Pourquoi? Pour que la Confédération entretienne certaines routes jusqu’ici financées» par les cantons. C’est un «coup de frein» à cette politique. Qui pourtant était «intéressante pour le Tessin», commente enfin La Regione.

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