editorial

Vladimir Poutine au grand tremplin

Le président russe, Vladimir Poutine, voulait absolument des Jeux olympiques d’hiver. Il n’a pas hésité à se rendre personnellement au Guatemala, en 2007, pour y défendre la candidature de la ville de Sotchi, recalée trois fois auparavant

Editorial

Vladimir Poutine au grand tremplin

Le président russe, Vladimir Poutine, voulait absolument des Jeux olympiques d’hiver. Il n’a pas hésité à se rendre personnellement au Guatemala, en 2007, pour y défendre la candidature de la ville de Sotchi, recalée trois fois auparavant. Et il s’est montré remarquablement efficace puisque, mettant tout son poids dans la balance, il est parvenu à arracher l’organisation de la compétition à un Comité international olympique aussi exigeant qu’imprévisible.

Il reste à savoir si Vladimir Poutine a eu raison de s’emballer. Les Jeux olympiques relèvent souvent du cadeau empoisonné. Or, jusqu’ici, ceux de Sotchi ont surtout posé des problèmes, à commencer par des dépassements de budget sans précédent et des menaces d’attentat de la part d’un chef djihadiste auquel ont été attribuées les deux explosions meurtrières survenues à Volgograd en décembre. A ces difficultés se sont encore ajoutées, ces derniers jours, la colère de gays humiliés par des propos officiels, et les moqueries d’envoyés spéciaux occidentaux surpris de découvrir sur place une réalité moins parfaite qu’une pente enneigée au petit matin.

Mais l’essentiel est à venir. Vladimir Poutine compte beaucoup sur l’événement pour défendre sa vision de la Russie: une Russie qui a retrouvé sous sa présidence le chemin de la puissance, en mettant au pas ceux qui avaient eu l’imprudence de la défier, indépendantistes tchétchènes et dirigeants géorgiens confondus. Les Jeux de Sotchi ont la particularité de se dérouler dans le Caucase, soit sur le terrain même où ces deux victoires ont été remportées. Ils fournissent, dès lors, l’occasion idéale de mettre en scène la mainmise de Moscou sur la région et la poigne de fer de celui qui l’a assurée.

Prestige, reconnaissance: le président russe a beaucoup à gagner de ces Jeux. Mais il a tout autant à y perdre. Que de sérieux dysfonctionnements éclaboussent la compétition ou que de graves attentats surviennent dans la région de Sotchi ou ailleurs sur le territoire russe, et son image en sortira fortement dégradée aux yeux du monde entier. Vladimir Poutine a pris ce risque. Il ne peut plus reculer. Il est en vol, au sortir du grand tremplin.

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