Éditorial

La menace d’un éclatement de l’Ukraine

Le scénario d’une explosion de l’Ukraine et d’une dérive de la révolution vers une guerre civile est désormais dans toutes les têtes

Editorial

La menace d’un éclatement de l’Ukraine

Le drapeau russe flottait jeudi sur le bâtiment abritant le siège du gouvernement de Crimée, à Simferopol. Le prélude à une sécession de la péninsule ukrainienne à majorité russophone? L’action, menée par un petit groupe d’hommes armés favorable à un rattachement à la Russie, promet un référendum pour une plus grande autonomie. Moscou a aussitôt indiqué vouloir respecter les accords encadrant la présence de sa flotte dans le port de Sébastopol ainsi que la souveraineté de l’Ukraine.

Mais le scénario d’une explosion de l’Ukraine et d’une dérive de la révolution vers une guerre civile est désormais dans toutes les têtes. Et la Crimée, territoire multiethnique ballotté par l’histoire, pourrait en être l’épicentre. «C’est de cette manière que commencent des conflits régionaux», mettait en garde hier le ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, ajoutant sa voix à un concert d’appels à Moscou de ne pas déstabiliser son voisin.

Les intentions prêtées à Vladimir Poutine, d’une intervention en Ukraine pour défendre la population russophone et affirmer son leadership, ne sont pas qu’un fantasme véhiculé par les manifestants pro-européens de la place Maïdan. Nul doute que le chef du Kremlin, auréolé de son succès à Sotchi et appuyé par une majorité de Russes, ne va pas rester les bras croisés devant le spectacle d’une révolution qui menace ses plans d’extension de sa sphère d’influence régionale. La flotte de la mer Noire, stationnée en Crimée, est un enjeu stratégique majeur pour Moscou.

Sa posture hégémonique pour restaurer la puissance russe fondée sur des valeurs autoritaires et ultra-conservatrices est évidemment problématique, surtout lorsqu’elle met en danger, comme en Syrie, des pays aspirant à la démocratie. Dans le cas ukrainien, la donne est sans doute moins simple qu’il n’y paraît entre un camp pro-européen et l’autre pro-russe.

Les manifestants de Maïdan ne sont pas tous animés par un esprit libéral en phase avec les valeurs de l’Union européenne (UE). Et le pouvoir transitoire issu de la révolution est loin de représenter un cabinet d’union nationale. Une partie des Ukrainiens, russophones, risque aujourd’hui de se sentir exclue et, du coup, de céder à la tentation de prendre son destin en main, avec l’appui de Moscou. Il est urgent de ressouder le pays, et l’UE, qui parle enfin d’une seule voix, a une lourde responsabilité pour restaurer l’unité de ce pont que devrait être l’Ukraine entre l’Europe et la Russie. Sans quoi Vladimir Poutine ne manquera pas d’alimenter les forces centrifuges à l’œuvre, Crimée en tête.

Publicité